Le Soudan fait partie des principaux consommateurs de blé en Afrique. Le pays est, depuis quelques années, la chasse gardée de la Russie, premier exportateur mondial de la graminée.
En France, l’heure est à la reconquête pour les exportateurs de blé. Selon des informations relayées par Reuters le 20 août dernier, les fournisseurs tricolores préparent l’expédition d’une cargaison de 67 000 tonnes de blé vers le Soudan. Dans les détails, le vraquier devait embarquer la cargaison à Rouen, puis achever son chargement à Dunkerque au cours de cette semaine.
Si ce stock annoncé reste faible au regard des besoins du pays, qui est le 5e importateur africain de blé (derrière l’Égypte, l’Algérie, le Nigeria et le Maroc), avec 2,7 millions de tonnes en 2025/2026 selon l’USDA, il s’agit néanmoins d’un volume symbolique pour les acteurs de l’Hexagone.
Et pour cause, un tel chargement signerait un retour de la France sur cette destination, dont elle était absente depuis plus de 18 ans. Il faut en effet remonter à août 2008 pour trouver la dernière trace d’une vente française au Soudan, avec un stock de 20 820 tonnes de blé tendre d’après les données de la Commission européenne.
À l’époque, l’Australie et le Canada étaient les principaux poids lourds, profitant d’une production locale faible pour se partager un marché des importations tiré par une consommation importante de la denrée de base, subventionnée par le gouvernement. Mais les choses ont depuis radicalement changé.
Jouant les seconds rôles jusqu’en 2015 derrière ce duo et d’autres acteurs comme la Turquie et l’Ukraine, la Russie a émergé comme un acteur incontournable, avec une compétitivité-prix soutenue par l’importance des volumes exportables et par une logistique rodée vers la mer Rouge.
De 22 millions de dollars cette année-là, les ventes de blé et de farine russes ont grimpé à près de 220 millions de dollars en 2016, puis à un record de 716,8 millions de dollars en 2019, selon les statistiques de la Banque centrale du Soudan (CBoS). Si, depuis cinq ans, ce niveau n’a plus été approché, la Russie demeure le plus gros fournisseur de blé du marché soudanais.
Au premier semestre 2026, le premier exportateur mondial de blé a envoyé vers le pays d’Afrique de l’Est pour près de 341 millions de dollars de blé sous forme de grains et de farine, soit près de 90 % du total et plus du double de la valeur de ses expéditions sur la même période un an plus tôt (144,2 millions de dollars).
Quelles marges de manœuvre pour les acteurs tricolores ?
Pour la France, cette livraison annoncée s’inscrit dans un contexte de perturbations accrues du commerce céréalier en mer Noire. L’intensification des attaques visant les ports, les navires et les infrastructures logistiques russes et ukrainiennes a ravivé les interrogations sur la régularité des exportations de la région. Le jeudi 20 août, le contrat de blé le plus actif sur Euronext a atteint son plus haut niveau depuis le 24 juillet, atteignant 242 euros la tonne (282 dollars) dans le sillage de ces tensions.
Pour les pays importateurs africains, la recherche d’origines alternatives devient un moyen de réduire l’exposition aux risques géopolitiques et logistiques. Dans un tel contexte, le Soudan pourrait redevenir un débouché intéressant pour les exportateurs de blé français qui veulent consolider leur présence hors de l’Union européenne dans une période de concurrence accrue entre les grandes origines mondiales.
Pour le reste, les observateurs estiment que la capacité de la France à transformer cette opération commerciale ponctuelle en présence durable dépendra de sa compétitivité face au blé en provenance de Russie, mais aussi de Roumanie et du Canada, sur un marché sensible aux prix et aux coûts de fret.























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