En Afrique, où la croissance démographique et l’urbanisation devraient soutenir la demande de biens et services dans les prochaines décennies, le continent prend une place croissante dans les stratégies commerciales des grandes puissances. Le Brésil cherche lui aussi à y renforcer sa présence.
L’Agence brésilienne de promotion des exportations et des investissements (ApexBrasil) a inauguré le mercredi 2 septembre à Addis-Abeba, en Éthiopie, son premier bureau permanent en Afrique.
Dans un communiqué publié sur son site le ministère éthiopiene des affaires étrangères indique que cette implantation soutiendra la promotion des investissements, les missions commerciales, l’intelligence de marché et le rapprochement des entreprises, en connectant les sociétés brésiliennes aux opportunités en Éthiopie et sur le marché africain plus large.
Pourquoi l’Éthiopie ?
L’installation d’ApexBrasil en Éthiopie intervient après une première offensive commerciale menée en février 2026. L’agence avait alors conduit dans le pays une mission réunissant des entreprises brésiliennes et des représentants des pouvoirs publics. Cette démarche avait débouché sur un rapprochement avec l’Ethiopian Investment Commission (EIC), à l’origine de la proposition visant à installer une représentation permanente d’ApexBrasil à Addis-Abeba.
Ce choix s’inscrit en outre dans une dimension géopolitique. L’Éthiopie a rejoint les BRICS en janvier 2024, aux côtés du Brésil. L’appartenance des deux pays au même regroupement de puissances émergentes offre ainsi un cadre supplémentaire à l’intensification de leurs relations économiques. Le sommet de Rio de 2025 avait d’ailleurs placé le renforcement de la coopération entre les membres du bloc parmi les priorités de la présidence brésilienne.
Le choix d’Addis-Abeba peut aussi répondre à son poids institutionnel. La capitale éthiopienne abrite le siège de l’Union africaine et constitue l’un des principaux centres diplomatiques du continent. En outre, l’adhésion du pays à la zone africaine continentale de libre-échange (Zlecaf) ouvre un marché de plus de 1,4 milliard de consommateurs. Pour une agence chargée de développer des relations commerciales et institutionnelles, cette implantation offre donc un point d’appui au-delà du seul marché éthiopien.
Des ambitions de diversification sur le marché africain
L’ouverture du bureau d’ApexBrasil à Addis-Abeba intervient alors que le Brésil cherche à élargir et diversifier sa présence commerciale sur le continent africain. Dans son Profil du commerce et de l’investissement du continent africain publié en mai 2026, ApexBrasil identifie plus de 5 300 opportunités d’exportation pour les entreprises brésiliennes, dont plus de la moitié concernent les machines et les biens industriels. L’agence estime que l’Afrique, avec environ 1,5 milliard d’habitants aujourd’hui et 2,5 milliards attendus en 2050, constitue un marché de long terme à fort potentiel.
En 2025, les échanges entre le Brésil et le continent ont atteint 23,7 milliards USD, dont 15,5 milliards USD d’exportations brésiliennes, en hausse annuelle moyenne de 13 % entre 2021 et 2025. Mais ces ventes restent dominées par l’agro-industrie, qui représente 64,5 % du panier exporté. ApexBrasil voit donc une marge importante dans les produits chimiques, les équipements de transport, les matériaux industriels et les machines. Brasilia cherche désormais à passer d’une présence principalement fondée sur les produits agricoles et alimentaires à une offre davantage diversifiée et à plus forte valeur ajoutée.
Un marché africain de plus en plus convoité par les grandes puissances
L’installation d’ApexBrasil intervient également dans un contexte où les grandes puissances renforcent leurs propres instruments d’accès aux marchés africains.
Aux États-Unis, le Congrès a approuvé le 2 septembre la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) jusqu’au 31 décembre 2028, après un vote du Sénat le 8 août.
Le dispositif maintient un accès en franchise de droits à plus de 1 800 produits pour les pays africains éligibles. À la Chambre des représentants, le texte a été présenté comme un moyen de consolider les relations commerciales américaines avec l’Afrique, mais aussi de défendre les intérêts stratégiques de Washington, notamment l’accès aux minerais critiques et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
La Chine a, elle aussi, renforcé son dispositif commercial avec l’Afrique. Depuis le 1er mai 2026, Pékin accorde un accès sans droits de douane à 100 % des lignes tarifaires aux produits importés de 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Cette mesure étend à l’ensemble de ces partenaires un régime préférentiel jusque-là réservé à 33 pays africains parmi les moins avancés. À travers cette ouverture, Pékin entend faciliter l’accès des produits africains au marché chinois, accroître les échanges bilatéraux et approfondir l’intégration économique et commerciale entre la Chine et le continent.
Du côté européen, la France a également cherché à donner une nouvelle dimension économique à son partenariat avec l’Afrique. Les 11 et 12 mai, Paris et Nairobi ont organisé au Kenya le sommet Africa Forward, présenté par l’Élysée comme une étape du renouvellement des relations franco-africaines. À l’issue du sommet, 23 milliards d’euros d’investissements ont été annoncés pour le continent ciblant plusieurs secteurs dont la transition énergétique, le numérique et l’IA, l’économie bleue, l’agriculture ou encore la santé.
La Russie prépare, pour sa part, le troisième sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou. Le forum économique organisé dans ce cadre doit porter sur le commerce, les investissements, l’énergie nucléaire civile, les systèmes de paiement, la numérisation et la sécurité alimentaire. L’enjeu pour ApexBrasil sera donc de faire de son premier bureau africain un relais capable de soutenir durablement l’expansion des entreprises du pays sur le continent alors que la compétition pour les débouchés, les investissements et les partenariats industriels s’intensifie.























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