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#Agriculture #Economie #IntelligenceArtificielle #Maroc #Nigeria
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mardi 4 Août 2026 à 06:49

Au Nigeria, le secteur agricole contribue à hauteur de 23 % du PIB et emploie environ 34 % de la population active. Depuis quelques années, Abuja intègre progressivement les technologies numériques dans la gouvernance du secteur dans l’optique d’en améliorer les performances.

Le 17 juillet dernier, une délégation du gouvernement nigérian en visite au Maroc a signé un protocole d’accord avec OCP Africa, filiale du groupe marocain OCP spécialisée dans les solutions agricoles, et Ground Truth Analytics, une entreprise active dans les technologies géospatiales.

Selon les informations relayées par les médias locaux, ce partenariat marque le lancement du National Agro-Productivity System (NAPS), une plateforme de suivi agricole alimentée par l’intelligence artificielle (IA) et les données satellitaires

De quoi s’agit-il ?

Le système s’appuie sur des images satellitaires analysées par des algorithmes d’intelligence artificielle. Ceux-ci sont capables d’identifier automatiquement les parcelles agricoles, de reconnaître les cultures qui y sont plantées et d’en suivre l’évolution tout au long de la campagne, grâce à des images actualisées tous les cinq jours.

Concrètement, ce dispositif permettra aux autorités et aux gouvernements des États de suivre en temps réel les superficies cultivées, la répartition des cultures, leur stade de développement, les estimations de rendements attendus ainsi que les risques susceptibles d’affecter la production agricole.

Il est prévu que le système soit déployé progressivement, avec une phase pilote dans un premier État avant une extension à trois États, puis à 15 États prioritaires. Les autorités nigérianes ont également indiqué que les données générées seront hébergées sur des serveurs installés dans le pays afin d’en garantir la souveraineté.

Un savoir-faire déjà établi

Ce n’est pas la première initiative d’Abuja visant à moderniser son secteur agricole grâce à ce genre de technologies numériques. Le Nigeria intègre en effet depuis plusieurs années, les technologies spatiales dans la gestion de son agriculture.

À travers l’Agence nationale de recherche et de développement spatial (NASRDA), le pays développe déjà plusieurs outils reposant sur l’observation de la Terre. En 2024, l’agence a notamment lancé CropWatch, un système de surveillance des cultures utilisant les données satellitaires.

Cette dynamique s’est poursuivie en 2025 avec l’annonce du projet Innovative Agriculture, développé en partenariat avec l’Agence spatiale européenne (ESA). Ce dernier projet vise à fournir aux petits exploitants des informations sur la qualité des sols, les cultures les mieux adaptées et les calendriers de semis grâce à l’exploitation des données spatiales.

Le NAPS marque toutefois une nouvelle étape. Alors que les précédents projets étaient principalement orientés vers l’accompagnement des producteurs, cette nouvelle plateforme ambitionne de fournir aux décideurs publics des informations consolidées sur l’évolution des campagnes agricoles afin d’éclairer les décisions en matière de production, de commerce et de gestion des stocks alimentaires.

Collecter des données pour mieux décider

À travers le déploiement prévu du NAPS, le Nigeria cherche avant tout à combler le manque d’informations en temps réel qui freine la bonne gouvernance du secteur. L’objectif est de fournir aux décideurs des informations fiables avant les récoltes, afin d’anticiper d’éventuels déficits de production ou, au contraire, des excédents. Les données générées peuvent ainsi améliorer la planification des campagnes agricoles, orienter les décisions en matière d’importations et d’exportations, de gestion des réserves alimentaires et d’investissements dans le secteur.

Les autorités estiment que les décisions publiques reposent souvent sur des prévisions ou des déclarations des producteurs, sans visibilité suffisante sur les cultures effectivement plantées ou leur évolution au cours des campagnes agricoles. « Le suivi pendant la saison a été notre principale faiblesse. Nous arrivons à la fin d’une campagne et découvrons que nous n’avons pas atteint les objectifs fixés au départ », déplorait Marion Moon, Conseillère technique auprès du Vice‑Président, chargée de l’agriculture et de la sécurité alimentaire.

Avec le poids de l’agriculture dans l’économie nigériane, cette orientation constitue également un levier pour améliorer la résilience du secteur face aux effets du changement climatique et à la croissance de la demande alimentaire.

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