En Afrique, les femmes assument une part disproportionnée des tâches domestiques et familiales. Cette charge limite leurs possibilités de travail rémunéré, dans des économies où le sous-emploi et le manque d’emplois stables freinent déjà l’amélioration des revenus.
Financer la garde d’enfants peut soutenir l’emploi en Afrique à deux niveaux, en permettant aux mères d’exercer une activité rémunérée et en créant des postes dans les structures d’accueil. Dans son évaluation annuelle des politiques et institutions en Afrique subsaharienne, publiée fin septembre 2026, la Banque mondiale rappelle l’efficacité de ce soutien public pour l’activité des femmes.
Selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT), le chômage a concerné 17,5 % des femmes actives en Afrique du Nord en 2025, contre 6,3 % en Afrique subsaharienne. Ces chiffres ne rendent cependant compte ni du sous-emploi ni des femmes qui restent hors du marché du travail, notamment faute de solution de garde. Plusieurs expériences menées sur le continent montrent que ces services peuvent faciliter l’accès des mères à un emploi ou améliorer les revenus de celles qui travaillent déjà.
Des emplois pour les mères et dans les crèches
Au Rwanda, la garde a été intégrée au programme national de travaux publics de protection sociale. Selon un bilan publié en juin 2026 par la Banque mondiale, ce dispositif a créé des emplois à l’année pour environ 28 000 femmes dans des centres communautaires ou à domicile. Ces structures accueillaient plus de 72 000 jeunes enfants en septembre 2025.
Au Kenya, une expérimentation menée dans un quartier informel de Nairobi a montré comment ces services favorisent aussi l’emploi des mères. Celles auxquelles des bons permettant de financer la garde ont été proposés avaient une probabilité d’occuper un emploi, supérieure de 8,5 points de pourcentage à celle du groupe témoin, qui n’en avait pas reçu. Publiée en 2019 dans la revue Demography, l’étude précise que les gains d’emploi ont surtout profité aux femmes mariées.
Au Cap-Vert, les pouvoirs publics soutiennent le développement des services de garde en aidant les familles à en payer les frais et en soutenant la formation du personnel chargé des enfants. Ils encadrent aussi les structures d’accueil par un système d’agrément. En Ouganda, une étude publiée en septembre 2026 montre que ces services peuvent également aider les femmes à mieux gagner leur vie lorsqu’elles travaillent déjà.
L’expérimentation a porté sur 883 commerçantes à Kampala, dont une partie s’est vu proposer une garde gratuite sur leur marché ou près de leur domicile. Les chercheurs ont constaté une hausse des revenus horaires et une réduction du temps de travail chez les bénéficiaires. L’intérêt de la garde est donc aussi de permettre aux mères de mieux rentabiliser leurs heures d’activité.
Financer l’accès
Ces résultats posent toutefois la question du financement dans la durée. Dans l’étude ougandaise, les sommes que les mères étaient disposées à payer restaient nettement inférieures au coût de la garde. Les chercheurs concluent que des subventions importantes seront nécessaires. Trois mois après la fin du soutien, ils n’ont plus détecté de persistance des effets sur les résultats économiques des participantes.
Ce financement doit aussi permettre de former et de protéger les personnes chargées des enfants. Développer une offre abordable pour les familles risque autrement de reposer sur le travail gratuit ou insuffisamment rémunéré d’autres femmes. Dans une analyse publiée en mai 2025, Firdous Khan, de l’organisation sud-africaine Early Learning Resource Unit, souligne ainsi le manque de formation, de moyens et de reconnaissance des intervenantes non rémunérées. L’analyse recommande un soutien financier régulier aux structures d’accueil, une meilleure formation et l’extension de la protection sociale à ces intervenantes.
Ces besoins ont trouvé un écho lors d’une conférence régionale sur la garde d’enfants organisée en mai 2025 à Sal, au Cap-Vert. Les gouvernements participants se sont engagés à développer des politiques nationales de garde et à mobiliser davantage de financements nationaux pour la petite enfance d’ici 2030, tout en favorisant des emplois décents pour les femmes et les jeunes. Reste à traduire ces engagements en aides durables aux familles et aux structures d’accueil, alors que le rapport de la Banque mondiale souligne le resserrement des marges financières des États.























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