La transformation numérique en cours sur le continent transforme le marché de l’emploi. La Banque mondiale estime par exemple que 230 millions d'emplois nécessiteront des compétences numériques d’ici 2030.
À Madagascar, l’accélération de la transformation numérique de l’agriculture pourrait soutenir la création de 250 000 emplois supplémentaires d’ici 2031, selon l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile (GSMA). Cette perspective concerne l’un des principaux secteurs pourvoyeurs d’emplois du pays, alors que les autorités cherchent à améliorer les perspectives professionnelles des jeunes, notamment grâce au numérique.
La projection figure dans le rapport « Madagascar Digital Economy: Policy reforms that will drive Madagascar’s digital future », publié par la GSMA en octobre 2026. Le document examine les réformes susceptibles d’accélérer l’adoption des services numériques et de renforcer leur contribution à l’économie malgache.
La numérisation agricole ouvre des débouchés professionnels
Si la GSMA ne précise pas dans son rapport comment les 250 000 emplois supplémentaires seront concrètement créés d’ici 2031, la stratégie nationale de transformation numérique de l’agriculture pour 2024-2028 permet d’identifier certains besoins. La mise en place des plateformes et des outils prévus nécessitera des développeurs informatiques pour leur conception et leur maintenance, mais aussi des agronomes capables d’adapter les services aux besoins des producteurs. Des spécialistes des données, des techniciens et des formateurs seront également nécessaires pour assurer leur fonctionnement et accompagner les utilisateurs.
La stratégie prévoit notamment une plateforme de mise en relation entre producteurs et travailleurs agricoles. Cet outil doit faciliter le recrutement de main-d’œuvre aux différentes étapes du cycle de production, alors que les producteurs peinent à trouver des travailleurs et que ces derniers rencontrent des difficultés à identifier les possibilités d’emploi.
Un tour d’horizon de la transformation numérique de l’agriculture en Afrique fait ressortir des profils intervenant à différents niveaux de la chaîne de valeur : développeurs d’applications, analystes de données agricoles, spécialistes de la géolocalisation et de la télédétection, pilotes de drones, techniciens d’équipements connectés, commerciaux et technico-commerciaux, spécialistes du marketing numérique, gestionnaires de plateformes de mise en relation, professionnels de la logistique et de la traçabilité des produits, ainsi que formateurs en compétences numériques.
Une opportunité pour l’emploi des jeunes
Cette prévision de la GSMA intervient alors que l’agriculture représente environ 70 % de l’emploi à Madagascar et contribue à hauteur de 22 % au produit intérieur brut (PIB), selon les données citées par l’organisation. Dans le même temps, l’emploi et l’insertion professionnelle des jeunes restent un défi majeur.
Selon un document de la Banque mondiale daté de mars 2026, près de 420 000 personnes arrivent chaque année sur le marché du travail. Pourtant, 98,9 % des jeunes en emploi travaillent dans le secteur informel, tandis qu’environ 1,5 million de personnes âgées de 15 à 24 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. Le taux d’emploi atteint 58,1 % chez les 15-24 ans, contre 70,5 % chez les 20-24 ans.
Connectivité, équipements et compétences : des freins persistants
Plusieurs obstacles risquent toutefois de freiner ces perspectives, à commencer par la couverture des réseaux. Selon le rapport de la GSMA, le haut débit mobile couvre 66 % de la population malgache, tandis que le taux de pénétration de l’Internet mobile s’est établi à 14,3 % en 2025. Environ un tiers de la population rurale reste par ailleurs hors de portée de la 4G. Le relief difficile et le coût du déploiement des infrastructures compliquent l’extension des réseaux dans ces zones.
À ces difficultés s’ajoute le coût des équipements. La GSMA relève que les smartphones d’entrée de gamme restent peu accessibles à une partie de la population, notamment en raison des prélèvements qui alourdissent leur prix. L’accès à l’électricité constitue un autre obstacle : seuls 15 % des ménages ruraux en disposent, selon les données citées dans le rapport. Ces contraintes limitent la capacité des producteurs à utiliser régulièrement les plateformes et les services numériques, même lorsqu’une couverture réseau est disponible.
Par ailleurs, le décalage entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises constitue un autre défi. Près de 70 % des jeunes malgaches n’ont pas poursuivi leurs études au-delà du primaire, tandis que 19,3 % des 15-24 ans sont analphabètes, selon la Banque mondiale. Les employeurs signalent des difficultés à recruter une main-d’œuvre suffisamment formée, notamment dans les secteurs de l’énergie, des technologies de l’information et de la communication (TIC) et de l’agriculture.























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