L’Éthiopie a annoncé en début de semaine son ambition de construire sa première centrale nucléaire d’ici 2036. La réussite de ce projet dépendra de la capacité d’Addis-Abeba à structurer des partenariats technologiques et institutionnels solides, dans un secteur du nucléaire civil aujourd’hui dominé par des acteurs parmi lesquels se trouve la Russie.
Au-delà des enjeux de sécurité énergétique, le programme nucléaire civil éthiopien devient aussi un terrain de positionnement diplomatique. L’objectif affiché d’une première centrale d’ici 2036, pour lequel se prépare activement le pays, s’inscrit dans un contexte de coopération renforcée avec plusieurs partenaires internationaux, au premier rang desquels figure la Russie.
« Bien que le développement de la technologie nucléaire prenne généralement entre dix et quinze ans, l’Éthiopie prévoit de mettre en service une centrale en moins de dix ans, au rythme actuel des préparatifs », a déclaré Abdulrezak Omar, commissaire adjoint de la Commission éthiopienne de l’énergie nucléaire (ENEC), créée en octobre 2025 et mandatée par le gouvernement pour coordonner les efforts nationaux liés à l’utilisation de la technologie nucléaire, tant pour la production d’électricité que pour le développement industriel.
La création de l’ENEC a succédé à la signature, environ un mois plus tôt, d’un accord avec la Russie pour la planification et la construction d’une centrale nucléaire en Éthiopie. Les deux pays sont convenus de collaborer sur les détails techniques et la structuration économique du projet, ainsi que la formation du personnel qui serait chargée d’exploiter la future centrale.
C’est le bras industriel de la Russie dans le domaine du nucléaire, la société publique Rosatom, qui accompagne Addis-Abeba dans son ambition. En décembre 2025, une délégation éthiopienne dirigée par Sandokan Debebe, commissaire en chef de l’ENEC, a poursuivi les négociations à Moscou avec la direction de Rosatom, sans que les détails opérationnels n’aient été rendus publics.
« Rosatom est prêt à partager ses technologies les plus avancées, à soutenir la formation de la main-d’œuvre et à aider à construire les infrastructures nécessaires. C’est un grand honneur pour nous de participer à un projet qui garantira un avenir énergétique durable pour le pays et toute la région », a simplement déclaré Alexey Likhachev, directeur général de Rosatom.
D’autres partenariats à structurer
L’Éthiopie n’est pas le premier pays africain à faire appel à Rosatom pour construire une centrale nucléaire. Toutefois, pour l’instant, seule l’Égypte voit le groupe russe construire des réacteurs sur son territoire. D’autres pays, comme le Niger, le Mali ou l’Ouganda, ont signé des accords avec Rosatom, pour étudier ou préparer des programmes de nucléaire civil, mais ces projets n’en sont pour l’instant qu’aux étapes préliminaires.
Pour autant, Addis-Abeba ne souhaite pas limiter son projet à un seul partenaire. En ce début d’année 2026, le commissaire en chef de la Commission a tenu une séance de travail avec plusieurs représentants de la diplomatie européenne, française et finlandaise accrédités en Éthiopie. Selon Sandokan Debebe, ces partenaires ont décidé au cours de la rencontre d’explorer avec le pays d’Afrique de l’Est les possibilités de collaboration au niveau des cadres réglementaires, de la gestion des déchets nucléaires et du développement des ressources humaines.




















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