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Agence Ecofin
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Mercredi 12 Août 2026 à 06:08

Le secteur du transport en Afrique présente un important potentiel d’emplois, entre chômage persistant des jeunes et déficit de compétences techniques. Ce potentiel reste pourtant largement sous-exploité, selon les données disponibles en 2026.

Le transport figure parmi les secteurs les plus mobilisés par les stratégies continentales d’intégration économique en Afrique. Le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) en constitue un des principaux cadres. Formellement adopté par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine (UA) en 2012, il est piloté depuis lors par l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD), créée en juillet 2018 lors du sommet de Nouakchott, en remplacement de l’ancienne Agence du NEPAD.

Concrètement, le PIDA avance par tranches, appelées Plans d’action prioritaires (PAP). La première, le PAP1, a couvert la période 2012-2020 et mobilisé environ 82 milliards USD sur 433 projets, selon l’AUDA-NEPAD. La seconde, le PAP2, court jusqu’en 2030 et resserre la sélection à 69 projets jugés à plus fort impact. Ensemble, ces deux tranches structurent les grands corridors routiers, ferroviaires, portuaires et énergétiques du continent.

Un gisement d’emplois évalué à plusieurs millions

Cette architecture commence à porter ses fruits en matière d’emploi, avec des chiffres qui donnent d’ores et déjà la mesure du potentiel. Les projets PIDA avaient déjà généré environ 162 000 emplois en 2023, selon l’AUDA-NEPAD. Ces données sont reprises dans un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié en 2025, et basé sur 94 projets répartis dans 34 pays.

Ce rapport évalue à 15 millions le nombre d’emplois supplémentaires que pourrait générer leur construction, leur exploitation et leur maintenance. Le corridor nord-sud, qui regroupe 16 projets dans 8 pays, illustre cette ampleur. Il devrait à lui seul créer 4,5 millions d’emplois sur toute sa durée de vie. À cela s’ajoutent environ 130 000 emplois indirects, notamment dans l’agro-alimentaire, les mines et le commerce.

Au-delà des volumes, ces chiffres traduisent surtout un effet démultiplicateur, qui dépasse largement les seuls métiers de conduite ou de maintenance. Ingénieurs, techniciens de signalisation, contrôleurs aériens, logisticiens et gestionnaires de corridors figurent désormais parmi les profils les plus recherchés.

Deux exemples récents illustrent concrètement cette diversification des besoins. Le corridor ferroviaire de Lobito relie l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie. Son concessionnaire, Lobito Atlantic Railway, emploie localement 945 personnes. Ce chiffre concerne son tronçon angolais de 1 289 kilomètres, dont 97 % de ressortissants angolais.

Au Maroc, dans un registre différent, l’Office national des aéroports a récemment lancé une campagne de recrutement pour 47 postes qualifiés. Elle s’inscrit dans sa stratégie « Aéroports 2030 », et couvre l’ingénierie électro-mécanique, le génie civil et l’exploitation aéroportuaire. Ces deux exemples confirment que les besoins du secteur ne cessent de se diversifier.

Une main-d’œuvre qualifiée encore insuffisante

Ce potentiel se heurte pourtant à un obstacle récurrent. Il s’agit d’un déficit persistant de compétences techniques certifiées. Les sous-secteurs du transport routier, ferroviaire et de l’aviation civile emploient une grande variété de catégories professionnelles, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Mais dans plusieurs pays, les filières de formation technique restent insuffisamment connectées aux besoins réels des opérateurs. Résultat, les postes d’ingénieurs, de techniciens de maintenance et de contrôleurs qualifiés restent longs à pourvoir localement. Les viviers formés localement font encore défaut.

Face à ce constat, l’AUDA-NEPAD a lancé l’Initiative pour les compétences en Afrique (SIFA). Selon son rapport annuel 2025, elle a mobilisé plus de 100 millions USD. Cette enveloppe soutient 48 projets continentaux de formation technique et professionnelle. Inscrite dans un programme plus large consacré au dividende démographique africain, l’initiative vise un objectif précis. Elle entend combler l’écart entre les compétences disponibles et celles qu’exigent les grands chantiers d’infrastructure, transport compris.

Le corridor de Lobito s’inscrit dans la même logique. Il intègre un volet dédié à la formation technique, aux côtés de ses composantes ferroviaires et énergétiques, selon la Commission européenne. Cette approche intégrée associe financement d’infrastructures et développement de compétences. Elle reste toutefois une exception plutôt qu’une norme sur le continent.

Cette dynamique survient alors que l’écart entre offre et demande d’emplois formels reste considérable à l’échelle du continent. Chaque année, entre 10 et 12 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché du travail. Ce dernier ne leur propose que 3 millions d’emplois formels par an, selon des données citées par l’OIT en juillet 2025, dans le cadre de son partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD).

C’est précisément pour resserrer cet écart que le PAP2 mise sur une exécution plus rapide de son portefeuille resserré. C’est la condition posée pour tenir les objectifs de création d’emplois fixés à l’horizon 2030. Appelé à se densifier avec cette nouvelle phase, le secteur des transports en Afrique pourrait ainsi contribuer à réduire le nombre de chômeurs. Encore faut-il pour cela, que les filières de formation technique montent rapidement en puissance sur l’ensemble du continent.

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