#BurkinaFaso
Denys Bédarride
5 novembre 2020 Dernière mise à jour le Jeudi 5 Novembre 2020 à 09:30

Cinq ans après la première transition démocratique de l’histoire du pays, le Burkina Faso va organiser le 22 novembre prochain un double scrutin présidentiel et législatif. Un véritable test, alors que des organisations terroristes se sont durablement implantées dans le nord et dans l’est de ce petit territoire d’Afrique de l’Ouest, où les mécanismes de réconciliation nationale semblent grippés. Interview vidéo de Thibault Bluy, journaliste et auteur d’un récent ouvrage intitulé « L’Observateur Toubabou – Un reporteur français au Burkina Faso ».

Quatorze candidats s’affronteront lors du premier tour de la présidentielle, à la suite d’une campagne de trois semaines qui débutera à la fin du mois d’octobre. Parmi eux, le chef de l’État sortant, Roch Marc Christian Kaboré, qui retrouvera son challenger d’il y a cinq ans, Zéphirin Diabré, mais aussi les anciens Premiers ministres Yacouba Isaac Zida et Kadré Désiré Ouédraogo, ou encore le diplomate et ex-directeur général adjoint de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) Ablassé Ouédraogo. Si l’opposition se présente pour le moment en ordre dispersé, elle a scellé une alliance « tous contre Kaboré » en cas de seconde manche.

La journée de vote – à laquelle pourront participer pour la première fois les millions de Burkinabè de la diaspora – sera suivie de près par les observateurs internationaux et les autorités, qui redoutent des attaques de bureaux et d’électeurs, notamment dans les régions septentrionales et orientales. Dans ces dernières, des groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (GSIM, Ansarul Islam) ou à l’État islamique en Afrique de l’Ouest commettent régulièrement des attentats, faisant de la Patrie des hommes intègres la nation sahélienne aujourd’hui la plus ciblée. En quatre ans, plusieurs centaines de raids djihadistes ont tué plus de 1 650 civils et militaires, mais surtout profondément déstabilisé les équilibres, poussant près d’un million d’habitants (sur un total de 20 millions) à quitter leur foyer, laissant quelque 350 000 enfants sans école.

Le vainqueur désigné par les urnes devra donc relever un important défi sécuritaire, mais aussi un autre politique, en accélérant un processus de réconciliation nationale beaucoup trop lent au goût des acteurs concernés. Ainsi, 33 ans après l’assassinat du capitaine révolutionnaire Thomas Sankara, le procès pour en identifier les commanditaires n’a toujours pas rendu son verdict ; l’ex-président Blaise Compaoré vient de passer son sixième hivernage en exil en Côte d’Ivoire ; et les responsables du putsch manqué de septembre 2015 ont été condamnés à des peines d’emprisonnement jugées par beaucoup excessives.

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