Depuis la mort d’Ali Khamenei et l’intensification des frappes au Moyen-Orient, l’Afrique, bien que non impliquée militairement, s’expose à un choc économique majeur en raison de sa forte dépendance aux routes d’Ormuz et de Suez, artères clés du commerce mondial.
L’escalade militaire entre l’Iran, Israël et les États-Unis a franchi un tournant majeur fin février 2026, à la suite de frappes israélo-américaines visant des installations stratégiques et des responsables militaires iraniens sur le territoire de la République islamique. Ces bombardements ont notamment entraîné la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, figure centrale du régime iranien depuis 1989, événement qui a immédiatement provoqué une riposte de l’appareil militaire iranien.
Téhéran a dénoncé une « agression majeure » et lancé des missiles et des drones contre des cibles israéliennes et des intérêts occidentaux dans la région, tandis que des explosions et interceptions de projectiles ont été signalées dans plusieurs capitales du Golfe, dont Abou Dhabi, Doha, Manama et Dubaï, traduisant une extension rapide du théâtre de crise à l’échelle régionale.
Dans ce contexte de montée aux extrêmes, l’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, artère clé du commerce maritime mondial. Parallèlement, des acteurs alliés de Téhéran, notamment les Houthis au Yémen, ont intensifié leurs menaces contre le trafic maritime en mer Rouge, faisant peser un risque direct sur les grandes routes commerciales reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique.
Dès lors, au-delà du choc militaire et diplomatique, la crise prend une dimension géoéconomique majeure : les marchés redoutent désormais une perturbation simultanée du détroit d’Ormuz et du corridor mer Rouge–canal de Suez, deux artères vitales du commerce énergétique et maritime mondial dont dépend directement la stabilité macroéconomique des économies africaines.
Ormuz, talon d’Achille énergétique et pressions budgétaires en Afrique
Le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages énergétiques les plus sensibles de la planète. Selon l’Energy Information Administration (EIA), environ 20 % du pétrole consommé dans le monde y transite chaque jour, soit près de 17 à 20 millions de barils quotidiens exportés principalement par les pays du Golfe.
Ce corridor est également crucial pour le commerce mondial de gaz naturel liquéfié, notamment en provenance du Qatar, ce qui en fait un levier stratégique dans l’équilibre énergétique international. Toute perturbation durable du trafic maritime dans cette zone entraînerait mécaniquement une hausse des prix du pétrole et du GNL, avec des répercussions immédiates sur les coûts de production et les balances commerciales des pays importateurs d’énergie.
Pour l’Afrique, la vulnérabilité est structurelle. Bien que seulement 13% des importations totales du continent passent par le détroit d’Ormuz, une perturbation dans cette zone maritime aurait des conséquences importantes pour les économies du continent. La majorité des économies africaines, notamment en Afrique de l’Ouest et de l’Est, restent importatrices nettes de produits pétroliers raffinés. Une flambée prolongée des cours du brut se traduirait donc par une hausse des factures d’importation énergétiques, une pression accrue sur les réserves de change et un renchérissement des coûts du transport, de l’électricité thermique et de l’activité industrielle.
Suez–mer Rouge, un axe commercial sous tension
Au-delà d’Ormuz, le second point de fragilité stratégique réside dans l’axe mer Rouge–canal de Suez, directement exposé en cas de reprise des hostilités des Houthis contre le trafic maritime, dans un contexte de soutien à Téhéran. D’ailleurs, le groupe rebelle yéménite a annoncé la reprise de ses attaques dans la région.
Le canal de Suez concentre à lui seul environ 12 % à 15% du commerce mondial et près de 30 % du trafic mondial de conteneurs, ce qui en fait une infrastructure centrale pour les flux commerciaux reliant l’Asie, l’Europe et l’Afrique.
La vulnérabilité de ce corridor a déjà été concrètement démontrée. En 2024 et sur une partie de l’année 2025, le conflit israélo-palestinien et les attaques menées par les Houthis en mer Rouge ont entraîné une chute significative du trafic via le canal de Suez, pourtant l’une des principales sources de devises étrangères de l’Égypte. En mars, le président Abdel-Fattah El-Sissi évaluait les pertes mensuelles à environ 800 millions de dollars, tandis que les revenus du canal ont reculé de près de 60 % sur l’ensemble de l’année 2024, générant un manque à gagner estimé à près de 7 milliards $.




















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