Portée par l’essor de la génomique, des biopharmaceutiques et le développement des capacités locales de séquençage, l’industrie biotechnologique africaine pourrait presque doubler de taille d’ici la fin de la décennie.
L’Afrique pourrait ainsi voir son marché de la biotechnologie passer de 73,4 milliards USD en 2022 à 138,2 milliards USD en 2030, selon le Rapport économique sur l’Afrique 2026 publié par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (UNECA). Cette progression correspond à un taux de croissance annuel moyen de 8,2 %.
Dans son rapport intitulé Growth through innovation : Harnessing data and frontier technologies for Africa’s economic transformation, l’UNECA identifie la biotechnologie comme l’une des technologies de frontière — au même titre que la blockchain ou l’intelligence artificielle — susceptibles d’accélérer la transformation structurelle des économies africaines.
Cette dynamique s’inscrit dans un environnement mondial également porteur. Le marché mondial de la biotechnologie, estimé à près de 1 600 milliards USD en 2023, devrait atteindre 3 900 milliards USD en 2030. Cette expansion est notamment soutenue par les progrès du séquençage génétique, le développement de la médecine personnalisée et une demande croissante de traitements contre les maladies chroniques.
Sur le continent, les biopharmaceutiques représentent le principal segment du secteur, avec 42 % du marché total. Ils sont suivis par la bioindustrie (24 %), la bioagriculture (21 %), les bioservices (7 %) et la bioinformatique (6 %). En 2023, le secteur a attiré plus de 500 millions USD d’investissements, confirmant l’intérêt croissant des investisseurs pour les sciences du vivant en Afrique.
Une montée en puissance des capacités génomiques
L’UNECA met également en avant les progrès rapides réalisés dans le séquençage génomique depuis la pandémie de Covid-19. Avant 2019, seuls sept pays africains disposaient de capacités nationales de séquençage de nouvelle génération ; ils étaient 31 en 2022. En 2024, plus de la moitié des pays du continent étaient équipés de cette infrastructure.
Parallèlement, les avancées technologiques ont fortement réduit les coûts. Le séquençage complet du génome humain, qui exigeait plus de dix ans de travail et un investissement estimé à 2,7 milliards USD au début des années 2000, peut désormais être réalisé en quelques heures pour un coût compris entre 500 et 600 USD. Selon l’Africa CDC, les efforts de séquençage ont permis d’identifier plus de 120 000 génomes du SARS-CoV-2 issus de 53 pays, contre moins de 5 000 séquences au début de l’année 2020, illustrant une nette amélioration des capacités de surveillance.
Cette baisse des coûts favorise aussi l’émergence de compétences locales. Au Kenya, le Kenya Medical Research Institute (KEMRI), basé à Kilifi, a fortement accru sa production de séquences génétiques pendant la crise sanitaire, passant d’environ 300 séquences annuelles avant la pandémie à plus de 8 000 génomes du SARS-CoV-2 analysés durant cette période.
L’Afrique du Sud s’est également imposée comme l’un des principaux pôles de surveillance génomique du continent. Son réseau national a séquencé et partagé plus de 44 700 génomes du SARS-CoV-2, contribuant notamment à l’identification de variants comme Beta et Omicron. « Ces données ont servi de base aux mesures nationales de santé publique et aux ajustements de la stratégie vaccinale, et ont alimenté les bases de données mondiales utilisées par les chercheurs du monde entier », souligne l’UNECA.
Des opportunités économiques en expansion, mais…
Au-delà des enjeux sanitaires, la génomique contribue au développement d’un écosystème entrepreneurial africain en pleine structuration. La start-up nigériane 54gene, malgré sa faillite en 2023 liée à des problèmes internes, illustre cette dynamique ainsi que l’intérêt des investisseurs pour le secteur. Elle avait levé plus de 15 millions de dollars en Série A auprès du fonds Adjuvant Capital, afin de développer la collecte de données génomiques et les capacités de laboratoire, notamment pour la recherche sur la diversité génétique africaine et les maladies infectieuses. Le marché de la médecine génomique au Moyen-Orient et en Afrique devrait par ailleurs passer de 8,9 milliards de dollars en 2025 à 23,4 milliards de dollars en 2031, soit une croissance annuelle moyenne de 17 %.
Malgré ces perspectives, plusieurs contraintes continuent de freiner le développement du secteur. L’UNECA estime « qu’investir dans les laboratoires de séquençage du génome et dans la formation est essentiel pour améliorer la surveillance des maladies, la médecine personnalisée et la préparation aux urgences sanitaires. Soutenir les start-up biotechnologiques par le biais de financements et de réformes réglementaires stimulera l’innovation et la commercialisation. Promouvoir la collaboration régionale dans le domaine de la bioagriculture en harmonisant les normes et en soutenant la recherche conjointe accélérera l’adoption des biotechnologies et renforcera la sécurité alimentaire. Ces mesures aideront l’Afrique à tirer parti des avantages des biotechnologies dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de l’industrie, et à renforcer sa position sur la scène internationale ».























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