Face à un marché du travail dominé par l’informel, l’État nigérian de Lagos enchaine formations et dotations en équipements. Mais le tissu des micro-entreprises locales peine encore à assurer aux bénéficiaires des débouchés viables.
À Lagos, former et équiper les jeunes sans emploi ne suffit plus. La question centrale n’est pas tant le volume de bénéficiaires formés que leur capacité à survivre économiquement après la formation. Ce constat se dégage du bilan du programme d’appui aux micro-entreprises MESI, présenté par la commissaire aux Affaires féminines et à la Lutte contre la pauvreté dans cet État du Nigeria, Cecilia Dada Bolaji, et relayé par la presse locale le 5 août.
Les chiffres accumulés depuis janvier 2026 montrent que plus de 35 000 résidents ont décroché leur diplôme dans des centres de formation gratuits de l’État. Parmi eux, 18 990 ont reçu des équipements de démarrage, et plus de 1 100 ont acquis des compétences numériques via le MESI, créé en 2019 pour accompagner les femmes défavorisées, les jeunes indigents et les diplômés des centres de compétences de l’État.
Les équipements distribués reflètent une économie de survie. Machines à coudre, kits de coiffure, matériel de boulangerie et équipements agricoles ont été remis. Cecilia Dada Bolaji décrit l’initiative comme un programme qui « transforme la formation en moyens de subsistance durables », et invite les bénéficiaires à « transmettre leurs compétences à leur communauté ».
Le MESI s’inscrit dans l’agenda THEMES+ du gouverneur Babajide Sanwo-Olu, qui promeut l’inclusion sociale et le développement économique de l’État. Depuis 2019, l’administration a investi plus de 8,4 milliards de nairas, soit environ 6,15 millions USD, et soutenu plus de 12 000 micro-entreprises sur quatre ans. Ces investissements peinent pourtant à combler les besoins structurels du tissu entrepreneurial local.
Le tableau macroéconomique du pays révèle l’ampleur du défi. Entre 2023 et 2024, quelque 7,2 millions de micro, petites et moyennes entreprises (MPME) nigérianes ont fermé leurs portes, soit environ 30 % du tissu national, selon le Groupe nigérian de concertation économique (NESG). A Lagos, le marché du travail reste dominé par l’informel. Plus de trois-quarts de la main-d’œuvre y travaille sans contrat ni protection sociale, selon l’Agence européenne pour l’asile (EUAA).
L’efficacité des programmes d’insertion dépendra moins du nombre de jeunes formés que du développement des micro-entreprises dans un environnement économique plus favorable. Sans un tissu entrepreneurial plus résilient et davantage d’activités capables de créer des revenus durables, les politiques de formation et de dotation en équipements risquent de ne produire que des effets limités en termes d’emploi et de réduction de la pauvreté.























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