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#Industrie #Investissements #Production #Sucre #Nigeria
tristangorgeret
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Jeudi 12 Février 2026 à 05:28

Le Nigeria est le principal marché pour le sucre en Afrique subsaharienne. Alors que la production locale reste marginale en dépit des programmes de développement déployés, le régulateur mise sur une plus grande volonté politique des États pour attirer des investissements dans l’industrie.

Au Nigeria, le Conseil national pour le développement du sucre (NSDC) vient de s’engager dans un partenariat avec le Forum des gouverneurs (NGF), une plateforme de concertation regroupant les gouverneurs des 36 États fédérés du pays, en vue de promouvoir les investissements dans le sucre. C’est ce qu’a révélé Kamar Bakrin, directeur exécutif du NSDC, le 1er février 2026.

Selon les médias locaux, il est prévu que, dans le cadre de ce nouveau partenariat, le secrétariat du NGF inclue les projets sucriers parmi les bénéficiaires prioritaires de ses engagements avec les partenaires au développement, tant au Nigeria qu’à l’étranger. « Ce partenariat aidera les États à préparer et structurer des projets sucriers prêts à accueillir des investisseurs. Il portera sur la facilitation d’échanges structurés entre gouvernements des États, investisseurs et opérateurs industriels. Il visera aussi à améliorer la coordination autour des facteurs essentiels tels que l’accès au foncier, la fourniture d’infrastructures et les cadres d’incitation », a déclaré Kamar Bakrin, selon des propos relayés par le quotidien local Vanguard.

Cette démarche suggère une volonté de créer un environnement favorable pour renforcer l’attractivité du secteur sucrier nigérian, et accélérer son industrialisation.

Une industrie locale qui peine à se développer depuis plusieurs années

Ce développement survient alors que le régulateur peine à atteindre son objectif d’autosuffisance dans le sucre, annoncé avec le lancement en 2012 d’un plan directeur national (NSMP). Ce plan de développement dont la première phase s’est achevée en 2020, a présenté un bilan plutôt faible. Sur la période considérée, la production nigériane de sucre brut n’a atteint que 70 000 tonnes, sur un objectif de 1,79 million de tonnes.

Parmi les principales raisons évoquées par les acteurs de la filière pour expliquer cette faible progression figurent notamment des infrastructures insuffisantes, des coûts élevés de transport et de production, ainsi qu’un financement limité. À cela s’ajoutent une faible productivité agricole, l’absence de recherche variétale adaptée pour la canne à sucre, et l’insécurité dans certaines zones de culture, qui décourage les investissements.

Dans une analyse du marché nigérian publiée en 2021, le Département américain de l’Agriculture (USDA) soulignait aussi que la mise en œuvre des politiques publiques souffre de lenteurs administratives et d’une coordination institutionnelle fragile, tandis que « les intérêts établis dans le raffinage » privilégient l’importation de sucre brut au détriment de la production locale.

C’est dans ce contexte que le gouvernement a lancé en 2023 la deuxième phase d’exécution du NSMP pour une durée de 10 ans, reconduisant son objectif d’autosuffisance avec un cadre destiné à relever les défis auxquels l’industrialisation est confrontée. Depuis, les projets d’investissement se multiplient.

Une expansion industrielle amorcée

Le secteur connaît effectivement un regain d’intérêt, porté par de nouveaux partenariats publics et privés destinés à combler le déficit de transformation. En août 2025, le NSDC a signé des accords avec quatre compagnies sucrières nigérianes dans les États d’Oyo, du Niger, d’Adamawa et de Bauchi, pour développer des projets capables de produire un cumul de 400 000 tonnes de sucre par an, soit 100 000 tonnes par site industriel.

Quelques mois plus tôt en avril, le NSDC a conclu un protocole d’accord avec le conglomérat chinois SINOMACH pour la mise en place d’un complexe sucrier. D’un cout total de 1 milliard USD, ce projet doit fournir dans une première phase de développement 100 000 tonnes par an, avec pour objectif final d’atteindre 1 million de tonnes annuelles.

Avant cela, le gouvernement de l’État du Niger signait déjà en novembre 2024 un protocole d’accord avec quatre entreprises locales et étrangères pour la construction de six sucreries, dont quatre situées entre Shiroro et Minna, sur un domaine de 148 000 hectares à développer d’ici 2027. Dans ce climat de relance, le partenariat annoncé entre le NSDC et le Forum des gouverneurs peut servir, s’il se concrétise par des actions, de levier pour accélérer l’industrialisation de la filière, en attirant de nouveaux investisseurs locaux ou étrangers.

En dehors des quatre États précédemment cités, qui accueillent déjà des projets sucriers, les autorités en ont identifié sept autres, à savoir Kwara, Nasarawa, Kaduna, Kano, Gombe, Jigawa et Taraba, qui disposent de terres adaptées à une production rentable de canne à sucre, et sont donc prioritaires pour les investissements dans le sucre.  Dans son dernier rapport sur le marché nigérian publié en 2024, l’USDA souligne par exemple que les terres potentiellement arables susceptibles de soutenir la production sucrière au Nigeria s’élèvent à plus de 800 000 hectares, alors que le pays n’exploite actuellement que 130 000 hectares, soit environ 16 % de son potentiel.

En attendant que ces projets se concrétisent, le Nigeria demeure massivement tributaire des importations pour couvrir ses besoins en sucre. Selon les données compilées par le Bureau national de la statistique (NBS), le pays le plus peuplé d’Afrique a importé pour près de 914,79 milliards de nairas (environ 655,8 millions USD) de sucre en 2024.

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