Sur le continent africain, le déficit en infrastructures est le plus important au monde. Du transport à l’énergie en passant par l’eau et les télécommunications, le temps presse pour la région
Il faudra investir 36 milliards $ par an d’ici 2040 dans les câbles à fibres optiques pour accélérer la transformation productive du continent. C’est ce qu’indique le rapport « Dynamiques du développement en Afrique 2025 : Infrastructure, croissance et transformation », publié fin novembre par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission de l’Union africaine (CUA).
Cette enveloppe représente environ 23 % du besoin annuel total d’investissement en infrastructures en Afrique, estimé à 155 milliards de dollars. Elle reste également inférieure aux estimations pour les routes (50 milliards $) et les voies ferrées (38 milliards $).
Pour les auteurs, cette situation s’explique principalement par le chemin déjà parcouru à coups d’investissement publics et privés sur la dernière décennie.
« Le réseau opérationnel de câbles à fibres optiques y est notamment passé d’environ 466 000 km en 2010 à 1,3 million km en 2024, multipliant ainsi par quatre la proportion de la population ayant accès à Internet […] », détaillent-ils.
Si les progrès restent aussi importants en termes de déploiement de la technologie numérique, plusieurs défis demeurent comme l’accessibilité financière. Le coût mensuel de l’Internet haut débit pour les utilisateurs de 18 pays africains s’élevait en 2024 à 56 $ contre 46 $ en Amérique latine et Caraïbes et 17 $ dans les pays en développement en Asie.
« Le renforcement des infrastructures publiques numériques, qui assurent la fourniture de solutions numériques de base aux entreprises et la prestation de services publics, peut par ailleurs s’avérer un précieux complément aux infrastructures de connectivité numérique, en permettant, entre autres, la simplification des procédures douanières, le développement des services et du commerce numériques transfrontaliers, le soutien à l’intégration des systèmes d’énergie renouvelable en Afrique et l’élargissement de l’accès aux financements commerciaux aux petites et moyennes entreprises », explique le rapport.
Mobiliser le secteur privé
Dans la course aux financements, le document estime que les gouvernements africains devront compter sur les investisseurs privés.
Il s’agit d’un enjeu majeur dans la mesure où les marges de manœuvre des pouvoirs publics sont limitées par des contraintes comme le poids croissant de la dette souveraine. Le rapport relève qu’entre 2019 et 2023, les gouvernements africains ont consacré en moyenne sept fois plus de ressources au service de la dette qu’aux infrastructures, et que, dans 15 pays, les paiements d’intérêts ont dépassé les montants investis dans l’ensemble des types d’infrastructures.
D’après le rapport, le secteur privé joue déjà pleinement sa partition et la mise en place d’un cadre réglementaire favorable pourra davantage booster son implication à moyen et long terme.
Sur la période 2016-2020, les investissements du secteur privé ont été majoritaires dans les infrastructures numériques, comptant pour 55 % des engagements totaux dans ce domaine contre 1 % dans l’eau et 7 % dans les transports qui mobilisent davantage les gouvernements africains et les bailleurs de fonds du développement.
« En moyenne, la construction de voies ferrées et l’installation de câbles à fibres optiques s’avèrent également rentables dans une optique de transformation productive. Les voies ferrées affichent certes le coût unitaire le plus élevé, mais procurent également des rendements substantiels (avec les effets marginaux les plus élevés), tout en polluant moins que le transport routier. Quant aux câbles à fibres optiques, ils génèrent des rendements plus faibles, mais sont le type d’infrastructure le moins coûteux par unité », souligne le rapport.




















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