A mesure que les économies africaines se tournent vers des activités à plus forte valeur ajoutée, l’insuffisance d’accès à l’enseignement supérieur limite le développement des compétences nécessaires à cette transformation.
Seuls 9 % des jeunes africains de 15 à 35 ans avaient achevé un cursus d’enseignement supérieur en 2025, alors que le continent compte quelque 530 millions de jeunes dans cette tranche d’âge. C’est ce que révèle le rapport « Africa Youth Employment Outlook 2026 », publié en février dernier par la Mastercard Foundation et le World Data Lab, en collaboration avec l’unité de recherche en politiques de développement de l’Université du Cap.
Ce taux, qui mesure la part des jeunes ayant terminé un cursus post-secondaire, s’inscrit dans un contexte de virage économique où les services et l’industrie gagnent du terrain sur l’agriculture. Ces activités exigent des compétences plus spécialisées que par le passé, ce qui rend la faiblesse de ce taux d’autant plus préoccupante.
Le document apporte toutefois une nuance importante à ce constat. Dans plusieurs pays, la difficulté ne se limite pas au nombre de diplômés, mais touche aussi leur insertion professionnelle après formation. En Algérie, en Égypte et au Maroc, par exemple, environ 30 % des jeunes diplômés du supérieur restent au chômage ou inactifs, preuve qu’un diplôme ne garantit pas toujours un emploi stable pour ces jeunes Nord-Africains.
Ce que révèle ce chiffre sur les systèmes éducatifs africains
Plusieurs facteurs structurels expliquent ce paradoxe, selon l’étude. Le secteur privé africain peine à créer assez d’emplois formels pour absorber le flux croissant de lauréats du supérieur. Un décalage persiste également entre les savoir-faire enseignés et ceux recherchés par les employeurs. Un fossé grandissant sépare enfin les attentes de ces jeunes diplômés de la réalité du terrain.
Malgré les progrès de la scolarisation, une réelle inadéquation subsiste entre apprentissage et besoins du monde professionnel, selon les auteurs. Ce désalignement pèse sur la productivité et ralentit la modernisation économique du continent.
Les chiffres de croissance confirment ce constat. Entre 2005 et 2023, l’élasticité emploi-croissance des jeunes Africains s’est limitée à 0,44. Un point de PIB supplémentaire n’a donc généré que 0,44 point d’emploi jeune sur la période. La moyenne toutes générations confondues s’élève pourtant à 0,50. Les écarts sectoriels sont plus marqués encore. L’industrie affiche une élasticité de 0,78 et les services 0,76, contre à peine 0,17 pour l’agriculture.
Le rapport « Africa’s Pulse » publié par la Banque mondiale en octobre 2025 mesure l’ampleur du défi à venir. L’Afrique subsaharienne devra créer environ 25 millions d’emplois par an, sur les vingt-cinq prochaines années, pour suivre sa croissance démographique. Or, près de 73 % des emplois actuels restent concentrés dans des activités informelles, familiales et peu productives. Un travailleur sur quatre occupe un poste salarié. Environ 10 à 12 millions de jeunes Africains rejoignent chaque année ce marché du travail déjà sous forte pression. Sans réformes rapides et ambitieuses, cette fracture des qualifications risque de s’aggraver, menaçant le potentiel du dividende démographique.
Des réformes devenues incontournables
Certains pays montrent toutefois la voie à suivre. Le Maroc a lancé un programme de renforcement de la formation technique et professionnelle, baptisé « Morocco Employability and Land Compact ». Le Millennium Challenge Corporation y consacre quelque 460 millions de dollars. Ce financement permet de construire ou de réhabiliter des centres dans des filières stratégiques, dont l’artisanat, la logistique, le bâtiment, la santé et le tourisme. Des centaines de milliers de Marocains devraient en tirer profit au cours des prochaines décennies.
Ces expériences plaident pour des réformes comparables dans le reste du continent. Les systèmes éducatifs doivent s’aligner plus vite sur une économie désormais tournée vers les services et l’industrie. Deux priorités s’imposent alors. Élargir l’accès à la formation professionnelle et à l’enseignement supérieur figure au premier rang. Corriger durablement l’écart entre programmes scolaires et besoins du secteur privé vient ensuite.























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