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#Chine #Commerce #Deficits #Echange #Exportation #Afrique
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Lundi 25 Mai 2026 à 08:52

Alors que l’exacerbation de la guerre commerciale entre Pékin et Washington pousse les industriels chinois à réorienter leurs exportations vers d’autres marchés, dont l’Afrique, l’impact des démantèlements tarifaires mis en œuvre récemment par Pékin pour réduire les déséquilibres caractérisant ses relations commerciales avec le continent risque d’être très limité.

Le déficit commercial de l’Afrique avec la Chine s’est creusé de 48,27 % au cours des quatre premiers mois de 2026 comparativement à la même période de 2025 pour s’établir à 36,8 milliards de dollars, en raison notamment d’une forte hausse des exportations de l’empire du Milieu vers le continent, selon des données publiées le vendredi 8 mai par l’administration générale des douanes chinoises.

Les exportations de l’empire du Milieu vers les pays africains ont augmenté de 28 % entre le 1er janvier et le 30 avril, à 81,82 milliards de dollars. Durant la même période, les importations chinoises en provenance du continent ont atteint 45,02 milliards de dollars, un montant en hausse de 14,5% par rapport aux quatre premiers mois de 2025.

Les échanges commerciaux sino-africains ont ainsi culminé à 126,84 milliards de dollars durant les quatre premiers mois de 2026, ce qui représente une augmentation de 22,8% par rapport à la même période de 2025.

L’envolée du déficit commercial de l’Afrique avec la Chine intervient dans un contexte marqué par une forte augmentation des droits de douane américains sur les produits chinois, qui a poussé Pékin à accroître ses exportations vers de nombreuses régions du monde pour compenser la perte de parts de marché aux États-Unis.

Outre la compensation de l’impact des mesures protectionnistes prises par l’administration Trump, le déficit commercial chronique du continent avec le géant asiatique s’explique par les déséquilibres structurels persistants qui caractérisent les relations commerciales bilatérales.

Les importations chinoises en provenance de l’Afrique sont dominées par les matières premières à faible valeur ajoutée comme les minerais, les produits énergétiques et les produits agricoles, tandis que les exportations de « l’usine du monde » vers le continent sont essentiellement composées de produits manufacturés à forte valeur ajoutée, notamment des machines, des produits électroniques et des technologies vertes.

Un démantèlement tarifaire en trompe-l’œil

Alors que le déséquilibre au niveau de la structure des échanges sino-africains suscite depuis plusieurs années des critiques acerbes sur le continent, Pékin a tenté de rectifier le tir en appliquant depuis le 1er décembre 2024 un traitement tarifaire nul sur 100% de ses importations en provenance des pays les moins avancés (PMA) avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, dont 33 pays africains.

Depuis le 1er mai 2026, ce démantèlement tarifaire a été étendu à l’ensemble des pays africains ayant des relations diplomatiques, y compris les économies à revenu intermédiaire. Les experts estiment cependant que ces mesures ne suffiront pas à équilibrer les échanges commerciaux bilatéraux. D’autant plus qu’elles ne s’attaquent pas aux raisons profondes de la faiblesse de la valeur ajoutée des exportations africaines, en l’occurrence la faiblesse des capacités industrielles et le manque de transformation des minerais et des produits énergétiques.

De plus, 94,5 % des exportations africaines vers la Chine entraient déjà sans droits de douane, selon les données de l’UN Comtrade analysées par China Global South.

Pour rappel, le cabinet de conseil Oxford Economics avait averti, dans un rapport publié en décembre dernier, qu’une nouvelle forte augmentation des exportations chinoises vers l’Afrique en 2026 après celle enregistrée l’an passé pourrait être à l’origine de tensions commerciales entre l’empire du Milieu et le continent. Ces tensions se manifesteraient par l’adoption par plusieurs pays africains de mesures antidumping contre les produits « Made in China » (droits de douane sur un certain nombre de marchandises disponibles localement, quotas d’importations, etc.), ou encore par la mise en œuvre de politiques industrielles visant à favoriser la production et la consommation locales.

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