Alors que le Mozambique cherche à stabiliser Cabo Delgado, province au cœur de ses ambitions gazières, la Russie propose de renforcer son soutien à Maputo dans la lutte contre l’insurrection qui frappe le nord du pays depuis 2017.
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré lors d’une visite à Maputo, le 9 juillet, que son pays était prêt à répondre à une demande d’assistance du Mozambique pour contribuer à « éliminer la menace terroriste » persistante dans le nord du pays. Cette déclaration intervient alors que les deux pays souhaitent approfondir leur coopération.
Les discussions entre Lavrov et le président mozambicain Daniel Chapo ont également porté sur la coopération économique, les projets de modernisation du pays et la prochaine réunion de la Commission intergouvernementale russo-mozambicaine. Cette proposition s’inscrit dans la stratégie de Moscou visant à développer ses partenariats sécuritaires en Afrique, notamment à travers l’Africa Corps, qui a succédé au groupe Wagner dans plusieurs pays.
Cabo Delgado reste le principal défi sécuritaire du Mozambique
L’offre russe intervient dans une région où l’insurrection armée continue de peser sur les ambitions économiques du Mozambique. Depuis le premier assaut enregistré en octobre 2017 à Mocímboa da Praia, les groupes affiliés à l’État islamique ont multiplié les attaques dans Cabo Delgado.
Selon les données de l’organisation ACLED, plus de 6 500 personnes ont été tuées depuis le début du conflit. La province a enregistré plus de 2 400 événements violents depuis 2017, dont une grande partie impliquant des combattants liés à l’État islamique au Mozambique.
La situation reste instable malgré les opérations menées par les forces mozambicaines avec l’appui de partenaires étrangers. En 2021, le Rwanda a déployé environ 1 000 soldats et policiers pour soutenir Maputo, tandis que la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) avait envoyé plus de 2 000 militaires dans le cadre d’une mission régionale, retirée trois ans plus tard. Le Rwanda maintient depuis plusieurs milliers de soldats dans le pays, tandis que la Tanzanie conserve un contingent dans le district de Nangade pour sécuriser sa frontière commune avec le nord su Mozambique.
La proposition russe ne signifie toutefois pas un changement immédiat du dispositif sécuritaire mozambicain, déjà soutenu par plusieurs partenaires régionaux.
La stabilité de Cabo Delgado conditionne les ambitions gazières du pays
Au-delà de l’enjeu sécuritaire, la situation à Cabo Delgado est suivie de près par les investisseurs. La province abrite plusieurs projets gaziers majeurs qui doivent permettre au Mozambique de renforcer sa présence sur le marché mondial du GNL.
Après près de cinq années d’arrêt, le projet Mozambique LNG de TotalEnergies a repris ses activités en janvier 2026. Situé dans le bassin gazier de Rovuma, au large de Cabo Delgado, le développement avait été suspendu en 2021 après l’attaque de Palma par des groupes insurgés, qui avait conduit l’opérateur à déclarer un cas de force majeure.
Le président Daniel Chapo présente l’amélioration de la sécurité comme un facteur déterminant dans le retour des grands investissements. Il cite notamment la reprise de Mozambique LNG, la décision finale d’investissement du projet Coral Norte et les perspectives d’approbation du projet ExxonMobil comme des signes du redressement progressif de Cabo Delgado.
Ces projets représentent un enjeu majeur pour l’économie mozambicaine. Mozambique LNG prévoit deux trains de liquéfaction d’une capacité totale d’environ 13 millions de tonnes par an. Coral Norte doit ajouter de nouvelles capacités de production de GNL offshore, tandis que le projet Rovuma LNG d’ExxonMobil pourrait encore renforcer le portefeuille gazier du pays.
Mais la persistance des attaques rappelle que la stabilisation de la province reste incomplète. Dans un échange avec ADF Magazine, Borges Nhamirre, chercheur basé au Mozambique, estime que la stratégie centrée principalement sur l’action militaire n’a pas permis jusqu’ici de mettre fin durablement à l’insurrection. Il estime que le conflit reste alimenté par des facteurs sociaux, économiques et politiques locaux qui nécessitent une approche plus globale. Daniel Chapo a lui-même évoqué la possibilité d’explorer une voie de dialogue avec les insurgés, en complément des opérations militaires.
Pour Maputo, l’enjeu est désormais de transformer les progrès sécuritaires enregistrés en stabilité durable afin de concrétiser les investissements gaziers annoncés et valoriser les ressources de Cabo Delgado.























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