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#Cybersecurite #Digital #Economie #Numerique #Afrique
Denys Bédarride
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Vendredi 21 Août 2026 à 06:26

L’Afrique devient un marché numérique majeur, mais cette croissance s’accompagne d’une recrudescence de cyberattaques, de plus en plus sophistiquées grâce à l’intelligence artificielle et à l’automatisation.

Les dommages économiques directs causés par la cybercriminalité en Afrique sont estimés à au moins 5 milliards $ en 2025, selon le rapport d’INTERPOL consacré aux tendances de la cybercriminalité sur le continent, publié le 3 août 2026.

Le rapport souligne que les escroqueries en ligne demeurent la forme de cybercriminalité la plus répandue en Afrique. Elles constituent souvent le point d’entrée vers des attaques plus complexes, notamment l’usurpation d’identité et la fraude financière. La compromission d’identifiants permet ainsi aux cybercriminels d’accéder à des comptes bancaires, à des portefeuilles numériques ou encore à des services publics en ligne. 

« Les violations de données observées en 2025 n’étaient pas des événements isolés ; elles ont constitué la couche fondamentale sur laquelle se sont appuyées presque toutes les grandes formes de cybercriminalité », indique le rapport.

INTERPOL met également en avant la progression des attaques de type Business Email Compromise (BEC), qui consistent à détourner des échanges professionnels afin d’obtenir des paiements frauduleux. Ce mode opératoire représente 21 % des attaques liées à une compromission d’identité recensées en 2025. Parallèlement, les menaces alimentées par l’intelligence artificielle gagnent du terrain. Les cybercriminels recourent de plus en plus aux deepfakes et aux contenus synthétiques pour mener des campagnes de manipulation, de sextorsion et de harcèlement en ligne.

Fondée sur une enquête menée dans 36 pays africains membres d’INTERPOL sur les 49 sollicités, l’étude met en évidence une nette aggravation du phénomène. Les pertes financières déclarées liées aux cyberattaques sont passées de 192 millions $ en 2024 à 484 millions $ en 2025, soit une hausse de 152 % en un an. Dans le même temps, le nombre de victimes identifiées a bondi de 35 000 à 87 000.

Le rapport souligne également que de nombreux pays africains restent confrontés à des infrastructures de cybersécurité insuffisantes, à des cadres réglementaires hétérogènes et à un faible niveau de sensibilisation aux risques numériques. Dans les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe ayant participé à l’enquête, la cybercriminalité représente désormais plus de 30 % des infractions enregistrées, une proportion en hausse par rapport à 2024.

« La Shadowserver Foundation a identifié plus de 6 000 vulnérabilités exploitables en Afrique en 2025, avec les plus fortes concentrations en Afrique du Sud, au Kenya et au Nigeria, qui figurent également parmi les pays comptant le plus grand nombre d’utilisateurs d’Internet », souligne le rapport.

Cette évolution intervient dans un contexte d’expansion rapide de l’économie numérique africaine. Le continent compte désormais plus de 1,1 milliard d’abonnements mobiles et a enregistré plus de 1 100 milliards $ de transactions numériques en 2025. Plus de 570 millions d’internautes utilisent aujourd’hui des plateformes numériques pour accéder aux services financiers, administratifs, de santé ou d’éducation.

Malgré des dépenses estimées à 15,3 milliards $ consacrées à la cybersécurité en Afrique en 2025, INTERPOL estime que les capacités de défense ne progressent pas au même rythme que les menaces. Les groupes criminels exploitent de plus en plus l’automatisation et les outils d’intelligence artificielle pour accroître l’ampleur, la rapidité et la sophistication de leurs opérations, mettant en évidence l’urgence de renforcer les dispositifs de cybersécurité sur le continent.

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