#Afrique
Denys Bédarride
8 mars 2020 Dernière mise à jour le Dimanche 8 Mars 2020 à 17:30

En Afrique, l’entrepreneuriat est particulièrement attractif pour les étudiants ou les professionnels ambitieux qui cherchent à s’émanciper.

Avec 24% de femmes entrepreneuses, c’est le continent avec le taux d’entrepreneuriat féminin le plus élevé au monde. Près de 96% des étudiantes considèrent l’entrepreneuriat comme un choix de carrière possible et pourtant, cette voie n’est pas vraiment considérée comme prestigieuse par les femmes.

Selon Anne Bioulac, co-auteure avec Mehdi Lahlou de l’étude Women in Africa : Plongée au cœur de la ruche entrepreneuriale réalisée par le cabinet Roland Berger : « Souvent, les femmes se lancent dans l’entrepreneuriat parce qu’elles ne peuvent pas entrer sur le marché du travail, et possèdent peu ou pas de diplômes ».

C’est pourquoi les pays où le taux d’alphabétisation est faible regorgent de femmes entrepreneures. Cependant, l’entrepreneuriat reste pour elles plus un choix , qu’une nécessité. Elles sont surtout motivées par l’éventualité d’améliorer la société et leur environnement.

Ainsi 41% des entrepreneures ont lancé une startup dans l’éducation ou l’agriculture. Ce sont des secteurs dans lesquels les marges sont faibles et les besoins d’investissements assez importants, mais à forte valeur sociale et indispensables au développement des pays africains.

Les entrepreneuses contribuent pour 7 à 9% du PIB de l’Afrique selon le rapport. Pourtant, elles manquent encore de compétences techniques et sectorielles, et ne sont pas suffisamment soutenues par leur gouvernement. Elles bénéficient peu souvent de formations et n’ont pas assez d’incubateurs à disposition pour faire décoller leur activité.

Le manque de sources de financement est également un gros obstacle à la réussite des femmes entrepreneuses. Ces dernières ne peuvent pas compter sur des structures de financement pour obtenir des fonds soit à cause de leur coût, soit parce qu’elles requièrent que leur start-up ait atteint un certain niveau de maturité avant de leur octroyer des fonds.

À tout cela s’ajoutent les inégalités de genre : que ce soit dans la formation quasi inexistante qui précède l’ouverture d’un « business » ou dans l’accès au financement, les femmes sont désavantagées par rapport aux hommes. En effet, bon nombre d’investisseurs – généralement des hommes – ne sont pas aussi enclins à octroyer des fonds aux femmes qu’ils le sont pour les hommes. Par ailleurs, il est également difficile pour elle de développer leur réseau professionnel, du fait de leur genre.

Bien que ce sentiment de désavantage puisse aussi venir d’un manque de confiance en soi, il est précisé dans l’étude que l’exclusion des femmes de la vie professionnelle est chose coutumière dans cette région du monde, notamment dans le Nord du continent.

En conséquence, 15% des entrepreneures mettent un terme à leur activité car elles n’ont pas accès aux financements et 39% parce que leur activité n’est pas profitable.

Malgré tout, « Les femmes ont décidé de prendre leur destin en main et d’acquérir leur indépendance, malgré des freins importants liés à l’accès aux financements et à un manque d’infrastructures », indique Anne Bioulac.

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