Alors que son éradication est attendue pour 2025, selon les Objectifs de développement durable, le travail des enfants touche encore des dizaines de millions de mineurs. Avant l’échéance 2030 pour l’atteinte des ODD, le monde a encore une chance de tenir cette promesse.
Entre 2000 et 2024, le nombre d’enfants travailleurs a chuté de 245,5 millions à 137,6 millions. La cible 8.7 des Objectifs de développement durable (ODD) adoptée en 2015 visait pourtant leur éradication totale dès 2025. Selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié en juin 2025, il faudra désormais multiplier onze fois le rythme de recul observé ces quatre dernières années pour éliminer le travail des enfants d’ici 2030, échéance des ODD.
Avec des objectifs moins ambitieux, l’élimination du travail nécessiterait d’accélérer respectivement 7 et 4 fois le rythme de réduction actuel, pour atteindre l’objectif en 2045 ou 2060. Quoi qu’il en soit, les auteurs estiment qu’une augmentation massive de la vitesse et de l’ampleur des réformes menées jusqu’ici est indispensable.
Concrètement, il s’agit de garantir une scolarité gratuite et de qualité aux enfants, afin de leur offrir une alternative au travail et jeter des bases solides pour un travail décent à l’âge adulte. Il faut également renforcer les protections juridiques contre le travail des enfants, notamment en garantissant l’enregistrement universel des naissances.
Les autres mesures préconisées par l’OIT incluent un meilleur accès aux services de base pour les populations, notamment l’eau potable et l’électricité. Cela réduirait la nécessité pour les enfants d’effectuer des tâches pénibles et leur libérer du temps pour l’école, les loisirs et le repos. Il faut aussi rendre la protection sociale universelle pour amortir les chocs économiques, assainir les chaînes d’approvisionnement, notamment dans les microentreprises informelles où l’emploi d’enfants est le plus courant.
L’Afrique, principale concernée
C’est en Afrique subsaharienne que les différentes mesures évoquées sont les plus urgentes, car la région concentre 87 millions d’enfants travailleurs, soit près des deux tiers du total mondial. Elle affiche également la prévalence la plus élevée, avec 22 % des enfants âgés de 5 à 17 ans qui travaillent, contre 8 % en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest et une moyenne mondiale de 7,8 %. Entre 2020 et 2024, la prévalence y a pourtant reculé de 10 %, retrouvant son niveau de 2012, mais la croissance démographique a empêché toute baisse du nombre absolu d’enfants concernés en Afrique subsaharienne.
Si les tendances régionales restent inchangées, le fardeau du travail des enfants se concentrera presque entièrement en Afrique subsaharienne. Les effectifs pourraient y dépasser 100 millions après 2030 sous l’effet de la seule croissance démographique. En maintenant cependant le rythme actuel de réduction, la région pourrait quasiment réduire de moitié le nombre d’enfants concernés d’ici 2060.
Des menaces actuelles et à venir
Cette trajectoire positive reste fragile. Le changement climatique constitue une menace, car il pourrait faire basculer entre 32 et 132 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté d’ici 2030, poussant davantage d’enfants vers le travail pour compléter les revenus familiaux. Les aléas climatiques perturbent également les récoltes, ce qui oriente certains agriculteurs vers des cultures plus intensives en main-d’œuvre infantile, ou incitent les familles à envoyer leurs enfants dans des secteurs comme les mines ou la manufacture lorsque l’agriculture ne suffit plus.
Parallèlement, les conflits et situations de fragilité institutionnelle aggravent la pression : la prévalence atteint 21 % dans les zones de conflit contre 5 % dans les pays épargnés. Les niveaux de revenu et de développement humain amplifient encore ces vulnérabilités, puisque près d’un enfant sur quatre travaille dans les pays à faible revenu, contre moins de 1 % dans les pays à revenu élevé.
Face à tous ces risques, bannir le travail des enfants ne pourra réussir que si les acteurs globaux dialoguent avec les populations locales et investissent dans des alternatives viables. À défaut, le risque est grand de déplacer le problème plutôt que de le résoudre, et de compromettre la promesse mondiale d’une enfance libérée du travail d’ici 2030.
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