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Agence Ecofin
2 mars 2022 Dernière mise à jour le Mercredi 2 Mars 2022 à 11:12

Le 15 février dernier, le Ghana a lancé un projet de 103,4 millions de dollars visant à restaurer ses paysages dégradés et assainir son secteur de l’exploitation minière à petite échelle. Cette initiative financée grâce au soutien de la Banque mondiale apparait comme la dernière action en date du gouvernement pour régler les dommages causés par les mineurs artisanaux illégaux. Premier producteur d’or du continent africain, le Ghana perd des centaines de millions de dollars chaque année, sans parler des dégâts sur le plan environnemental, à cause de ce phénomène connu localement sous le nom de Galamsey.

Après plusieurs années de répression, l’Etat semble depuis quelques mois mettre en œuvre une stratégie plus élaborée. Sera-t-elle suffisante pour venir à bout du mal ?

Depuis 2018, le Ghana est devenu le plus grand producteur d’or du continent, place qu’il a ravie à l’Afrique du Sud. Cette année-là, l’ex Gold Coast produisait 4,8 millions d’onces (oz) contre 4,2 millions oz pour la nation arc-en-ciel, un écart qui s’est accentué durant les années qui ont suivi, comme le confirment plusieurs sources dont le World Gold Council et la Banque mondiale. Cette performance est venue couronner plusieurs années d’efforts du pays ouest-africain pour tirer le maximum de profits de ses ressources aurifères et de son secteur minier qui est un des piliers de son économie. 

Toutefois, malgré la bonne gouvernance du secteur qui suscite l’admiration ailleurs sur le continent, les régimes successifs à la tête de l’Etat n’arrivent pas à se sortir une épine du pied. Il s’agit de la question de l’exploitation minière artisanale qui continue d’être un casse-tête. D’après les chiffres de l’Association nationale ghanéenne des mineurs à petite échelle, l’exploitation minière artisanale compte pour le tiers de la production ghanéenne. 

Malgré les efforts du gouvernement d’Akufo-Addo depuis son arrivée au pouvoir pour réguler la question, de nombreux orpailleurs clandestins arrivent encore à échapper aux mailles du filet. Connue au Ghana sous la dénomination « Galamsey », l’exploitation artisanale illégale a pris de l’ampleur, et environ un million de Ghanéens se livrent à cette pratique qui ferait vivre environ 4,5 millions de personnes dans le pays selon des sources concordantes.

La plupart vivent en dessous du seuil de pauvreté et cette activité, en plus de menacer leur propre santé, cause à l’Etat, chaque année, des pertes qui se chiffrent à plusieurs milliards, selon une étude réalisée en 2017 par la Banque mondiale et si l’on comptabilise tous les défis créés par le phénomène. Citons entre autres l’utilisation non durable et illégale des terres pour l’exploitation minière, la déforestation, la destruction des terres, la perte de biodiversité, l’accélération de l’érosion et de la sédimentation des sols, la pollution de l’eau et de l’air ou encore le pillage de sites officiellement alloués à des compagnies industrielles. Aussi le Galamsey dégrade les terres agricoles productives, y compris les exploitations de cacao. 

Si le Ghana a introduit depuis plus de 30 ans une loi pour formaliser l’exploitation minière à petite échelle (pour laquelle il faut obtenir auprès de l’Etat un permis), on estime qu’à peine 15 % des mineurs artisanaux sont enregistrés. Alors que le gouvernement ghanéen a longtemps joué la carte de la répression sévère, sans succès, les derniers développements constatés laissent penser que cette fois, Akufo-Addo a un plan plus élaboré qu’il essaie d’exécuter.

Réprimer certes, mais proposer aussi quelque chose en retour

En examinant les dernières mesures de l’Etat ghanéen pour régler la question de l’exploitation minière illégale, on constate que la répression occupe encore une place importante dans la stratégie mise en œuvre. Début janvier 2022 encore, le gouvernement annonçait que 200 gardes fluviaux seraient formés et déployés durant l’année, afin de lutter contre le phénomène. Quelques mois plus tôt, en avril 2021, ce n’est pas moins de 200 soldats de l’armée ghanéenne qui ont été déployés près des lacs, rivières et autres cours d’eau des régions Centrale et Occidentale du pays, afin d’« appréhender toutes les personnes et la logistique impliquées dans l’exploitation minière [illégale] ». 

Pour les autorités, l’exploitation minière dans ces zones contamine l’eau du pays à cause de l’utilisation de métaux lourds comme le mercure, pour le traitement de l’or notamment. « L’exploitation minière devient un danger pour la société lorsque, après l’extraction de l’or, du diamant ou d’autres pierres et minéraux, la terre est laissée dégradée et empoisonnée par des matières toxiques », a déclaré en personne le président Nana Akufo-Addo.

Cependant contrairement à ce qui a été fait lors de son premier mandat, il ne semble pas vouloir se limiter à la simple répression depuis sa réélection en décembre 2020. En juin 2021, la Banque centrale ghanéenne a ainsi lancé un programme d’achat d’or auprès des producteurs locaux, une opération « historique » qui permettra, apprend-on, d’accroitre notamment les réserves de change, de renforcer la confiance et d’améliorer la stabilité de la monnaie locale. Elle propose d’acheter l’or artisanal au prix du marché et de payer les mineurs en cedi. 

« C’est la première fois que la Banque du Ghana se lance dans une campagne d’achat d’or au niveau national », fait remarquer le gouverneur de l’institution, Ernest Addison, rappelant que de nombreux homologues font la même chose à travers le monde.

Le 25 octobre de la même année, l’Etat a lancé à Tarkwa, dans la région de l’Ouest le Programme national d’emplois et de moyens de subsistance alternatifs (NAELP), présenté comme une initiative de réinsertion des mineurs illégaux d’or. Dans le détail, le NAELP sera décliné, en six modules dont l’un, consacré à la remise en l’état des terres et au reboisement, permettra de réhabiliter les zones affectées par l’exploitation minière artisanale illégale, afin de les rendre propices à d’autres activités comme l’agriculture ou l’élevage. 

Aussi, des projets communautaires d’exploitation minière à petite échelle, de même que des projets dans l’agriculture, l’agroindustrie, la formation professionnelle et l’entrepreneuriat sont prévus. On parle d’un potentiel de création de 220 000 emplois directs et indirects. 

« Ce programme vise avant tout à remédier aux difficultés inévitables et involontaires que nos efforts pour assainir le secteur de l’exploitation minière à petite échelle, ont créés […]. L’objectif est de fournir de bonnes options de subsistance économique à l’exploitation minière illégale et aux activités associées, afin de permettre à ceux qui ont été touchés de travailler et de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille », a déclaré Akufo-Addo.

Promouvoir une exploitation minière artisanale respectant les bonnes normes

Le nouveau modus operandi du gouvernement ghanéen se traduit aussi par la mise à disposition des mineurs artisanaux de nouveaux outils pour leur permettre d’opérer de manière durable. En novembre dernier, la compagnie ghanéenne Commodity Monitor Ltd (CML) a introduit un système de traitement du minerai d’or exempt de mercure au profit de la communauté minière d’Akoon située dans la municipalité de Tarkwa Nsuaem.

Cette initiative est soutenue par l’Etat qui a pris l’engagement de fournir 100 unités supplémentaires de la même technologie à d’autres communautés minières.

Rappelons que jusque-là, les orpailleurs utilisent des moyens précaires pour traiter le minerai extrait alors que les risques de l’utilisation du mercure sur la santé et l’environnement sont connus de tous. Toujours dans l’optique de pousser les mineurs artisanaux à adopter désormais de bonnes pratiques, les autorités ghanéennes ont organisé fin décembre la première édition d’un programme annuel de récompenses pour les exploitants artisanaux et à petite échelle. L’objectif de l’initiative placée sous le thème « Promouvoir une exploitation minière à petite échelle responsable et durable », est, selon le ministre Samuel Jinapor, de « récompenser les meilleures pratiques et d’encourager d’autres mineurs à les imiter ».

Pour le bien du Ghana, de son économie et des Ghanéens

Le gouvernement de Nana Akufo-Addo a longtemps été critiqué pour son manque d’actions concrètes et élaborées pour venir à bout de l’orpaillage illégal. S’il semble décidé à faire autrement depuis quelques mois, il est pour le moment difficile de dire si les nouvelles mesures porteront leurs fruits tant la question est sensible pour les Ghanéens et le phénomène répandu dans l’ex Gold Coast. Une chose est certaine, le Ghana avance dans la bonne direction et devrait poursuivre les efforts s’il veut obtenir des résultats dans les prochaines années.

Toutefois, faut-il le noter, pour aller au bout de leurs idées, les autorités ghanéennes vont inévitablement devoir coopérer avec leurs homologues de la sous-région. La Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger ou le Burkina Faso essaient aussi, tant bien que mal, de régler le problème. D’après un rapport de l’OCDE paru en 2017, la production aurifère artisanale et à petite-échelle cumulée du Mali, du Burkina Faso et du Niger serait d’environ 50 tonnes par an, la majeure partie étant exportée illégalement. 

Si l’on se base sur la hausse récente du prix de l’or qui a atteint récemment 1 971,54 $ l’once, ces Etats perdraient chaque année plus de 3,4 milliards de dollars. Pour arrêter l’hémorragie, les stratégies isolées et individuelles ne suffiront certainement pas.

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