Alors que les deux pays font face à un défi structurel d’inadéquation entre formation et marché du travail, Conakry et Abidjan posent les bases d’une coopération éducative à forte dimension économique.
La Côte d’Ivoire et la Guinée ont affirmé vouloir transformer leur coopération éducative en instrument direct d’insertion professionnelle et de compétitivité économique. Une délégation du ministère guinéen de l’Éducation nationale, conduite par Abass Camara, chef de cabinet du ministre Alpha Bacar Barry, a été reçue cette semaine d’avril à Abidjan par Moustapha Sangaré, directeur de cabinet du ministre ivoirien Koffi N’Guessan.
Dès l’ouverture des travaux, la rencontre a été qualifiée d’initiative « à forte valeur stratégique » par la partie ivoirienne. Une réunion au niveau des deux ministres devait clore les travaux pour formaliser les axes de coopération dans un cadre institutionnel durable, selon le ministère ivoirien de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle.
La mission s’est articulée autour de sessions thématiques et de visites de terrain, avec une approche résolument opérationnelle. Quatre priorités ont émergé. La réforme de la formation initiale des enseignants arrive en tête, avec un accent sur la professionnalisation et l’adaptation des programmes. Les échanges ont aussi porté sur la gouvernance des systèmes éducatifs, révélant plusieurs convergences. La planification scolaire, essentielle pour l’équité territoriale, et le développement des lycées techniques ont complété les discussions. L’objectif est de transformer ce dialogue en actions concrètes et organiser un transfert durable de compétences.
La pression du marché du travail
Ce rapprochement diplomatique entend répondre à une urgence économique partagée. En Guinée, près de 8 habitants sur 10 ont moins de 35 ans, selon les résultats du quatrième recensement général de la population et de l’habitation (RGPH4) publiés par l’Institut national de la statistique en février dernier. Aussi, plus de 37 % des 15‑35 ans ne sont ni en emploi, ni en éducation, ni en formation, selon les récentes données officielles.
La Côte d’Ivoire fait face à une pression comparable. Chaque année, environ 300 000 diplômés arrivent sur le marché du travail. Le secteur formel ne génère pourtant que 10,8 % des emplois disponibles, selon une étude de l’Organisation internationale pour les migrations publiée en 2023. Le chômage des diplômés du supérieur atteint 9,17 %, d’après une publication de 2025 dans la revue française d’économie.
Construire pour le long terme quand l’urgence pousse à faire vite
Pour répondre à ces tensions, les deux pays multiplient les initiatives. En Côte d’Ivoire, le Programme national de stage, d’apprentissage et de reconversion a offert plus de 142 000 opportunités entre 2024 et 2025. Il vise plus de 152 000 bénéficiaires en 2026. Le pays investit aussi dans les infrastructures avec 154 établissements de formation professionnelle en cours de déploiement, dont plusieurs lycées déjà inaugurés.
En Guinée, les autorités ont annoncé en février 2024 la création de 40 000 emplois, répartis entre secteurs public et privé. Le pays s’est ensuite doté d’une Politique nationale de l’emploi pour 2024‑2030, axée sur des emplois productifs et une meilleure inclusion. À Conakry, une Maison de la formation, de l’emploi et de l’entrepreneuriat a vu le jour, grâce à une collaboration entre les structures publiques dédiées à l’emploi et à la formation.
Malgré ces efforts, les réponses quantitatives montrent leurs limites. Le véritable enjeu reste la qualité des formations. C’est précisément ce levier que la coopération entre Abidjan et Conakry entend activer, en repensant les systèmes éducatifs pour soutenir un emploi durable.




















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