Première économie d’Afrique de l’Est, le Kenya continue d’afficher une croissance supérieure à la moyenne régionale. Après avoir largement financé son développement par l’endettement, Nairobi veut désormais diversifier ses sources de financement sans ralentir ses projets économiques.
Quelques jours après avoir présenté un budget de 37,2 milliards $ pour l’exercice 2026/2027, le Kenya prépare une nouvelle émission obligataire internationale. Cette opération doit contribuer au financement du déficit budgétaire du pays, au moment où les autorités poursuivent leurs efforts pour soutenir la croissance tout en maîtrisant une dette publique qui avoisine 70 % du PIB.
Un emprunt pour financer le budget
Selon les détails rapportés par Bloomberg lundi 15 juin, le gouvernement kényan prévoit d’émettre une obligation en devises étrangères d’un montant de 1,13 milliard $, soit environ 145,6 milliards de shillings kényans.
Cette émission devrait constituer l’une des principales sources de financement extérieur du pays au cours de l’exercice budgétaire qui débute en juillet. Elle s’ajouterait à un prêt d’appui aux politiques de développement de la Banque mondiale ainsi qu’à un financement budgétaire de la Banque africaine de développement (BAD).
Les autorités prévoient notamment de recevoir 170,5 milliards de shillings de la Banque mondiale et 21,3 milliards de shillings de la BAD. Additionnées à l’émission obligataire, ces ressources représenteraient près des deux tiers du financement extérieur prévu par Nairobi pour l’exercice 2026/2027.
Une nouvelle étape dans la stratégie financière
Si l’opération se confirme, elle constituerait un nouvel épisode dans la stratégie adoptée par Nairobi pour financer ses projets de développement tout en maîtrisant une dette publique devenue l’un de ses principaux défis économiques.
En février dernier, le gouvernement a lancé le rachat de 500 millions $ d’euro-obligations arrivant à échéance en 2028 et 2032, grâce à l’émission de nouveaux titres présentant des maturités plus longues. L’objectif consiste à éviter une concentration trop importante des remboursements sur une courte période, en remplaçant certains titres arrivant bientôt à échéance par de nouveaux emprunts remboursables plus tard.
Cette opération s’inscrivait dans ce que les autorités qualifient de stratégie de « gestion proactive » de la dette. Elle faisait suite à plusieurs opérations similaires menées depuis 2024. En octobre 2025, Nairobi avait levé 1,5 milliard $ sur les marchés internationaux afin de rembourser par anticipation une partie de ses obligations arrivant à échéance en 2028. Quelques mois plus tôt, le pays avait déjà refinancé 900 millions $ d’euro-obligations venant à échéance en 2027. En février 2024, le Kenya avait aussi levé 1,5 milliard $ pour traiter une échéance obligataire importante.
Parallèlement, les autorités ont cherché à réduire certaines charges financières en convertissant plusieurs prêts chinois du dollar vers le yuan. Cette opération devait permettre de bénéficier de conditions moins coûteuses, notamment grâce à des taux d’intérêt plus faibles et à des échéances plus longues.
Financer la croissance sans alourdir les fragilités
Derrière ces opérations financières se trouve un double enjeu. Le Kenya doit continuer à financer son développement, notamment dans les infrastructures, l’énergie, les services publics et la transformation productive. Mais il doit le faire dans un contexte où la dette limite sa marge de manœuvre budgétaire.
La création du National Infrastructure Fund illustre bien cet arbitrage. En mars dernier, le Parlement kényan a adopté le projet de loi portant création de ce mécanisme destiné à mobiliser près de 5 000 milliards de shillings, soit environ 38 milliards de dollars, sur dix ans. Le fonds doit financer des infrastructures dans les transports, l’énergie, l’eau, l’irrigation et la connectivité numérique. Le but affiché est de faire évoluer le financement des infrastructures d’un modèle largement fondé sur l’endettement public vers une approche reposant davantage sur l’investissement, alors que plusieurs projets majeurs restent contraints par les limites financières du pays.
Aujourd’hui, le défi pour Nairobi est de trouver un équilibre entre les différents impératifs tout en convainquant les investisseurs que les nouveaux mécanismes de financement offrent suffisamment de garanties, notamment en matière de gouvernance, de transparence et de rentabilité.
Pour mesurer la portée réelle de la stratégie kényane, plusieurs points seront à surveiller au cours des prochains mois. On retrouve entre autres les conditions financières de l’éventuelle émission obligataire, le niveau d’appétit des investisseurs, ou encore l’avancement des discussions avec le FMI au sujet d’un nouveau programme d’appui.
La trajectoire économique du pays rend ces arbitrages encore plus sensibles. Selon le Bureau national des statistiques, la croissance kényane a atteint 4,6 % en 2025, contre 4,7 % l’année précédente. Ce rythme reste supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne, mais il demeure loin du pic de 7,6 % enregistré en 2021.























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