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#Economie #Exportation #Peche #Mauritanie
Fiona Urbain
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Vendredi 31 Juillet 2026 à 05:38

Avec près de 754 kilomètres de façade atlantique, la Mauritanie dispose de l’une des zones de pêche les plus poissonneuses d’Afrique de l’Ouest, grâce aux remontées d’eaux froides riches en nutriments qui alimentent en petits pélagiques – sardinelles, maquereaux, chinchards – toute la région. La mer est devenue un pilier de l’économie nationale : le secteur emploierait plusieurs dizaines de milliers de personnes et pèse une part significative des exportations et des recettes budgétaires, au point d’être décrit comme « le poumon » de l’économie par les institutions internationales. Mais derrière cette abondance marine, les bénéfices restent très inégalement répartis.

Depuis la fin des années 1980, la Mauritanie a multiplié les accords de pêche avec des partenaires extérieurs, au premier rang desquels l’Union européenne. Ces accords offrent un accès aux ressources mauritaniennes à des flottes industrielles très capitalisées, en échange de compensations financières et de programmes d’appui sectoriel.

À côté de l’Europe, la Chine et, plus récemment, la Russie se sont positionnées, avec des stratégies d’influence mêlant investissements portuaires, usines de farine de poisson et soutien diplomatique. Cette mise en concurrence des partenaires maximise les recettes à court terme, mais elle renforce aussi la dépendance du pays à des acteurs extérieurs et à une logique de rente.

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Sur le terrain, la montée en puissance de la pêche industrielle a profondément déséquilibré le rapport de force avec la pêche artisanale. Les grandes senneurs et chalutiers, souvent étrangers ou opérant en joint-ventures, capturent des volumes considérables, parfois transformés directement sur la côte en farine ou en huile avant d’être exportés.

La majorité du poisson quitte ainsi le pays à l’état brut ou faiblement transformé, ce qui limite la création d’emplois locaux et la valeur ajoutée retenue sur place. Dans le même temps, les pêcheurs artisanaux – pirogues et petites embarcations côtières – voient les stocks se déplacer ou se raréfier, alors même qu’ils assurent l’approvisionnement des marchés intérieurs et l’emploi dans les communautés littorales.

Cette situation pose de manière aiguë la question de la gouvernance des ressources. Les autorités ont engagé des réformes pour mieux encadrer l’effort de pêche, réguler les capacités et améliorer la transparence des licences, dans la lignée des recommandations internationales.

Des textes encadrant la pêche maritime et des stratégies de gestion « responsable » ont été adoptés, avec l’objectif affiché de lutter contre la surpêche et d’optimiser la rente halieutique au bénéfice de l’économie nationale. Mais l’application sur le terrain reste un défi, face à la faiblesse des moyens de contrôle, à la pêche illicite et aux pressions économiques exercées par les partenaires étrangers comme par les opérateurs locaux.

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Les conséquences sociales et alimentaires de ce modèle sont de plus en plus visibles. Dans plusieurs zones rurales, des études signalent que la majorité des enfants ne consomment pas de poisson frais au moins une fois par semaine, alors même que le pays exporte massivement ses ressources halieutiques.

La priorité donnée aux exportations, combinée à la transformation en farine pour des usages industriels ou pour l’aquaculture à l’étranger, contribue à priver une partie de la population d’une source de protéines de qualité. Pour les communautés côtières, la précarisation s’accentue : revenus instables, conditions de travail difficiles en mer, faible protection sociale, et tensions récurrentes avec les forces de sécurité lorsqu’il s’agit de faire respecter les zones réservées ou les réglementations.

La pêche mauritanienne illustre ainsi un paradoxe typique des économies extractives : un potentiel exceptionnel qui nourrit davantage les comptes extérieurs que le développement local. Entre la nécessité de recettes budgétaires, l’influence des grands partenaires et la pression d’un marché mondial friand de poissons bon marché, la marge de manœuvre des autorités est étroite.

À terme, la capacité de la Mauritanie à imposer des conditions plus favorables, à développer une véritable chaîne de valeur locale et à préserver ses stocks déterminera si la mer restera un simple gisement de rente ou deviendra un véritable levier de prospérité partagée.

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