Sans mesures d’adaptation, le changement climatique pourrait réduire la croissance économique de l’Ouganda de 3,1% d’ici 2050, selon le Rapport sur le climat et le développement (CCDR) publié par la Banque mondiale. Le pays, classé au 14ᵉ rang mondial des plus vulnérables, fait face à des risques majeurs liés au stress thermique, à l’érosion des sols, aux inondations et à l’irrégularité des pluies qui compromettent les cultures pluviales.
Le secteur agricole en première ligne
Le secteur agricole, qui représente 24 % du PIB et emploie environ 72% de la population active, reste particulièrement exposé. Selon les experts, d’ici 2050, les rendements agricoles pourraient, selon le scénario de référence, osciller entre des pertes de 12 % et des gains de 12,5 %. Si certaines cultures comme le café ou la banane douce pourraient s’adapter, d’autres, notamment les légumes, sont plus exposées. L’inaction pourrait coûter jusqu’à 1,5 milliard de dollars de pertes sur les cultures d’exportation.
Selon le ministère ougandais de l’Agriculture, en 2024, les conditions météorologiques défavorables, marquées par des pluies irrégulières, ont affecté la production céréalière, notamment le maïs. Une instabilité qui a entraîné une flambée des prix des denrées. Dans son rapport publié en mai 2025, la Coalition pour le plaidoyer en faveur d’une agriculture durable (ACSA), une organisation de la société civile ougandaise, a rapporté une hausse allant jusqu’à 20 % des prix des denrées de base entre octobre et novembre 2024.
Par ailleurs, les données les plus récentes du Bureau national des statistiques (UBOS) indiquent une augmentation de 3,7 % des prix des aliments et boissons non alcoolisés sur la période allant d’août 2024 à août 2025.
La Banque mondiale souligne également que les conséquences sociales dues aux effets du changement climatique sont tout aussi préoccupantes. Les scénarios climatiques les plus sévères pourraient pousser plus de 600 000 personnes supplémentaires dans la pauvreté et transformer près de 12 millions d’Ougandais en migrants internes. Déjà, 42 % de la population vivait sous le seuil international de pauvreté en 2019/2020.
« L’action climatique est non seulement essentielle, mais elle offre également l’occasion de redéfinir la trajectoire de développement du pays », a déclaré Qimiao Fan, directeur de division de la Banque mondiale pour le Kenya, le Rwanda, la Somalie et l’Ouganda.
Un financement important à mobiliser
Pour répondre aux défis climatiques, le gouvernement ougandais prévoit de mobiliser au moins 4 milliards de dollars à l’échelle nationale en faveur de l’adaptation. Toutefois, les besoins totaux sont estimés à plus de 28 milliards de dollars d’ici 2030. Pour combler cet écart, Kampala mise sur le soutien des bailleurs internationaux et sur l’investissement du secteur privé, avec pour ambition de réduire de 25 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Or, les financements attendus se font encore attendre ou demeurent largement insuffisants.
Dans ces recommandations, la Banque mondiale préconise à l’Ouganda de renforcer la mobilisation de ressources domestiques et de tirer parti des financements internationaux et privés afin de soutenir ses priorités d’adaptation et de développement. De plus, elle appelle le secteur privé à renforcer son action dans le climat.
« L’investissement privé dans l’agriculture climato-intelligente, l’irrigation solaire, les énergies renouvelables, la mobilité électrique et la construction écologique peut améliorer la sécurité alimentaire, l’accès à l’énergie et la qualité de vie dans les villes, tout en créant des emplois et en stimulant la croissance économique », a déclaré Mary Porter Peschka, directrice de la division Afrique de l’Est de la Société financière internationale (SFI).
Malgré ces menaces, l’économie ougandaise affiche encore des signaux positifs. Pour 2025, la croissance devrait atteindre 6,2 %, tirée par l’agriculture et les services, selon les données de la Banque mondiale. Le gouvernement, quant à lui, anticipe une croissance annuelle moyenne de 8 % au cours des cinq prochaines années, portée par l’entrée en production du pétrole brut et les investissements dans l’électricité et les transports. Mais cette dynamique pourrait être compromise si les financements pour l’adaptation et la transition énergétique ne suivent pas.




















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