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Agence Ecofin
Aujourd'hui Dernière mise à jour le Lundi 27 Avril 2026 à 07:11

Le rapport souligne que la hausse des coûts d’emprunt alourdit le service de la dette et réduit l’espace budgétaire disponible pour engager des investissements dans le développement humain et les infrastructures.

Les coûts d’emprunt des pays africains ont enregistré un bond de 91 % entre 2020 et 2024 sous l’effet des pressions mondiales sur les taux d’intérêt, dans un contexte marqué par des perturbations causées par la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. C’est entre autres ce qui ressort d’un rapport publié le mardi 14 avril par ONE Data, la plateforme de données de ONE Campaign, une ONG engagée dans la lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables.

Intitulé « Priced out : The rising cost of borrowing for low- and lower-middle-income countries », le rapport précise que le coût d’emprunt moyen des pays du continent est passé de 2,7 % à 5,1 % en cinq ans. La hausse des taux a touché la quasi-totalité des principales sources de financement externe pour les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur. Le coût d’emprunt auprès de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), une filiale du groupe de la Banque mondiale qui était autrefois l’une des options les moins coûteuses pour les pays à revenu intermédiaire, est passé de 1,4 % à 5,2 %.

Alors que les financement chinois ont longtemps été considérés comme alternative au système financier dominé par l’Occident, leur taux d’intérêt ont, quant à eux, augmenté de 3,2 points de pourcentage, passant d’une moyenne de 2,5 % pour les pays africains en 2020 à 5,7 % en 2024. Pour les pays les plus pauvres, les taux bas et stables de l’Association internationale de développement (IDA) les ont protégés de la volatilité des marchés, mais pas des pressions financières plus générales de l’époque actuelle, notamment l’insuffisance des volumes, les réductions de l’aide et les lacunes dans l’aide d’urgence.

Pour les pays à revenu intermédiaire ayant accès aux marchés, tels que l’Angola et l’Egypte, et ceux bénéficiant à la fois d’un accès au financement concessionnel et d’un accès aux marchés, tels que le Kenya, le Sénégal, le Bénin et le Ghana, le coût du financement a considérablement augmenté. Cela d’autant plus que ces pays ne sont pas assez pauvres pour être totalement à l’abri des fluctuations mondiales des taux d’intérêt, ni assez riches pour les absorber facilement.

Les dix pays du monde qui bénéficient à la fois d’un accès au financement concessionnel et d’un accès aux marchés, qui sont souvent appelés « pays mixtes » (blend countries), ont été les plus touchés par la hausse des coûts d’emprunt. Ces pays auraient pu économiser jusqu’à 20,8 milliards USD entre 2020 et 2024 s’ils avaient pu mobiliser 40,6 milliards USD d’émissions d’obligations souveraines par le biais de guichets de prêt moins coûteux des banques multilatérales de développement.

Cependant, ils empruntent à des coûts nettement plus élevés sur les marchés obligataires internationaux, alors que les options de prêts concessionnels restent limitées tant en volume qu’en flexibilité.

Le conflit au Moyen-Orient risque d’aggraver la situation

La principale source de financement concessionnel est l’IDA, une filiale du groupe de la Banque mondiale financée par les contributions volontaires de pays donateurs riches. Les réductions de l’aide, en particulier de la part des donateurs nord-américains et européens, ont mis sous pression la reconstitution de ses ressources.

Toutefois, les prêts multilatéraux permettent toujours de réaliser des économies substantielles, mais ils restent limités. Chaque tranche de 100 $ empruntée auprès de la BIRD a permis aux pays les plus en difficulté d’économiser 22 $ par rapport aux taux du marché observés, et 48 $ en moyenne par rapport aux taux implicites du marché (pour les pays qui n’avaient pas les moyens d’émettre des obligations).

Le rapport élaboré en collaboration avec la Fondation Rockefeller fait remarquer d’autre part que les coûts d’emprunt élevés pèsent déjà lourdement sur les investissements dans le développement humain, alors que les pays peinent à rembourser une dette plus coûteuse. Alors que les coupes budgétaires dans l’aide des donateurs nord-américains et européens se font sentir et que la hausse des prix des produits énergétiques et des denrées alimentaires pèse sur les ménages, les fonds dont disposent les gouvernements pour soutenir les populations par le biais de programmes de santé et de protection sociale sont grignotés par des charges d’intérêt élevées.

La guerre opposant l’Iran aux USA et à Israel ajoute une dimension supplémentaire. Les pays en développement lourdement endettés sont désormais confrontés à deux risques macroéconomiques globaux : soit l’inflation liée aux matières premières fait remonter les taux d’intérêt mondiaux, augmentant directement le coût du service de la dette, soit un ralentissement de la croissance mondiale sape les recettes d’exportation et les recettes fiscales. Ces deux voies mènent à un résultat similaire : une marge de manœuvre budgétaire réduite au moment où elle est le plus nécessaire.

Les conséquences de cette réduction de l’espace budgétaire sont déjà dévastatrices. En 2025, le nombre d’enfants décédés avant leur cinquième anniversaire a probablement augmenté pour la première fois depuis le début du siècle, selon les dernières estimations. Entre 638 millions et 720 millions de personnes (7,8 à 8,8 % de la population mondiale) ont également souffert de la faim en 2024. Cette situation risque de s’aggraver à mesure que les prix des denrées alimentaires et de l’énergie augmentent, avec des répercussions sur les transferts de fonds des migrants et le pouvoir d’achat des ménages dans l’ensemble du monde en développement.

Pour réduire les coûts d’emprunt des pays à revenu faible et intermédiaire inférieur et améliorer leur accès aux financements, le rapport recommande d’accroître la capacité de prêt des banques multilatérales de développement, d’aligner les financements de ces banques sur les besoins réels des pays, de réformer les mécanismes internationaux de restructuration de la dette et de maintenir les taux préférentiels de l’Association internationale de développement.

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