A Djibouti, où 40 % de la population a moins de 18 ans, le décalage entre formation et besoins du marché du travail est devenu une urgence nationale. Le gouvernement cherche à aligner compétences, emploi et croissance pour éviter une crise sociale durable.
L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et le gouvernement djiboutien ont lancé le mardi 7 avril à Arta une initiative nationale pour former 4000 jeunes et renforcer l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP). Réuni pendant trois jours, l’atelier rassemble des représentants d’institutions de formation, d’autorités gouvernementales, du secteur privé et d’organisations actives sur les questions d’inclusion sociale et de réfugiés, selon l’IGAD.
Prenant la parole au nom du secrétaire exécutif de l’IGAD, l’ambassadeur Moussa Ali Meigague a posé d’emblée le cadre. Il a qualifié la formation professionnelle de levier « stratégique » face aux mutations économiques régionales, estimant que le développement des compétences est « un facteur clé pour soutenir la croissance et garantir un emploi durable aux jeunes ».
Des formations trop souvent déconnectées du marché
Le directeur général de la Formation professionnelle au ministère de l’Éducation nationale, Mohamed Abdi Guedi, a ouvert l’atelier en pointant deux blocages structurels. Le premier est le chômage des jeunes. Le second est l’inadéquation persistante entre l’offre de formation et les besoins réels des entreprises, selon l’IGAD. Ces deux maux s’alimentent mutuellement depuis des années. Pour y répondre, le projet SKILLS vise à former les jeunes dans des secteurs porteurs. Selon le communiqué officiel, 50 % des places sont réservées aux femmes et 10 % aux réfugiés et aux personnes handicapées. Une ambition d’autant plus significative que Djibouti accueille plus de 135 830 personnes déplacées, ayant bénéficié de programmes d’accès aux services de base, selon un rapport de la Banque mondiale publié décembre 2024. Samatar Natalis, responsable du programme SIMPI de l’IGAD, a appelé à un meilleur alignement entre les formations dispensées et les besoins des entreprises, pointant des « lacunes en compétences » qui freinent la capacité du pays à convertir son potentiel économique en emplois réels.
Un pari vital dans une économie sous pression
Cette initiative intervient dans un contexte macroéconomique particulièrement tendu. En 2024, le chômage touchait 76,32 % des jeunes djiboutiens de 15 à 24 ans selon la Banque mondiale, soit près de cinq fois la moyenne mondiale (15,7 %). La même année, seuls 23,7 % des personnes en âge de travailler occupaient un emploi, le ratio le plus bas parmi tous les membres de l’Organisation de coopération islamique (OCI) selon le Centre de recherches statistiques, économiques et sociales et de formation pour les pays islamiques (SESRIC).
Pour rappel, la Banque mondiale avait approuvé en 2022 un financement de 15 millions $ pour développer les compétences professionnelles à Djibouti. Ce projet vise à faire passer le nombre d’étudiants inscrits dans les filières techniques et professionnelles de 4700 à environ 8000, dont 40 % de femmes. L’initiative IGAD‑SKILLS s’inscrit dans ce même élan de réforme. Ensemble, ces programmes dessinent une nouvelle architecture de la formation professionnelle djiboutienne, pensée non plus à partir de l’offre existante, mais des besoins réels du marché.




















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