A Nairobi, en marge de l’Africa Forward Summit, la signature d’un partenariat stratégique entre le gouvernement kényan et CMA CGM a eu lieu en présence d’Emmanuel Macron et de William Ruto.
Le groupe CMA CGM continue d’accélérer son développement en Afrique. En déplacement à Nairobi, Emmanuel Macron a annoncé, ce 10 mai, un investissement de 700 millions d’euros au Kenya. Cet accord, conclu avec les autorités kényanes, inclut notamment la construction d’un terminal portuaire à Mombasa capable de recevoir de plus grands porte-conteneurs.
Fondé à Marseille, CMA CGM est devenu en quelques décennies l’un des principaux groupes mondiaux de transport maritime et de logistique. Déjà présent dans plusieurs ports africains, le groupe renforce aujourd’hui son implantation sur le continent à travers une stratégie de long terme articulée autour des infrastructures portuaires, de la connectivité régionale et de la décarbonation des chaînes logistiques.
Le choix du Kenya n’a rien d’anodin. Première économie d’Afrique de l’Est avec l’Éthiopie, le pays s’est progressivement imposé comme une plateforme commerciale majeure entre l’océan Indien, l’Afrique centrale et les marchés du Golfe et d’Asie. À travers les ports de Mombasa et de Lamu, Nairobi cherche depuis plusieurs années à consolider son rôle de hub régional capable de connecter les flux commerciaux de l’Ouganda, du Rwanda, du Soudan du Sud ou encore de la République démocratique du Congo.
Dans ce contexte, l’accord signé avec CMA CGM vise à explorer plusieurs projets liés au développement des capacités portuaires et logistiques du pays. L’objectif affiché est clair : renforcer la compétitivité du corridor est-africain et accompagner la croissance des échanges maritimes et terrestres dans une région considérée comme l’une des plus dynamiques du continent.
Les chiffres traduisent cette transformation progressive. Entre 2019 et 2025, les échanges commerciaux de biens entre la France et l’Afrique sont passés de 52 à 64 milliards d’euros. Surtout, une part croissante des investissements et des échanges français concerne désormais des pays non francophones. Près de 45 % des stocks d’investissements directs français en Afrique seraient aujourd’hui orientés vers ces marchés.
Cette diversification s’observe particulièrement en Afrique de l’Est et dans plusieurs grands hubs logistiques du continent. Dans cette nouvelle géographie économique, les infrastructures portuaires occupent une place stratégique. Elles permettent non seulement de fluidifier les échanges, mais aussi de sécuriser des chaînes d’approvisionnement devenues centrales dans la compétition mondiale.
Ports, corridors, décarbonation, le groupe renforce son maillage africain
C’est dans cette géographie des flux que CMA CGM entend renforcer sa position. Le groupe est aujourd’hui impliqué dans plusieurs infrastructures majeures sur le continent : Lekki au Nigeria, Kribi au Cameroun, Pointe-Noire au Congo, Nador West Med au Maroc ou encore Sokhna en Égypte. À chaque fois, la logique reste similaire : développer des plateformes capables de connecter plus efficacement les marchés africains aux grandes routes commerciales mondiales.
Au-delà des ports, le groupe mise également sur l’intégration logistique intérieure à travers sa filiale CEVA Logistics, avec le développement de corridors combinant transport maritime, routier et ferroviaire. Un enjeu devenu crucial dans des régions où les coûts logistiques restent parmi les plus élevés au monde et où la fluidité des échanges demeure un facteur clé de compétitivité.
La question environnementale s’impose aussi comme un élément central de ces projets. CMA CGM affirme vouloir accélérer la décarbonation du transport et des infrastructures logistiques africaines. Au Nigeria, le groupe travaille notamment sur un projet de barges fluviales 100 % électriques autour du port de Lekki afin de réduire les émissions liées au transport urbain de marchandises.
La signature de Nairobi illustre une évolution plus large, celle d’une diplomatie économique désormais centrée sur les infrastructures, la logistique et les flux commerciaux. Dans une Afrique où les besoins de connectivité restent immenses et où la compétition internationale s’intensifie, les ports, corridors et hubs régionaux deviennent autant des outils économiques que des leviers d’influence.























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